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mercredi 25 janvier 2012

Elliott Smith

Je n'avais toujours pas mentionné Elliott Smith dans ce blog, il était donc grand temps de réparer cette injustice...

Le songwriter le plus perturbé de notre génération est parti depuis déjà plus de 8 ans, pourtant son âme n'a jamais semblé briller aussi fort qu'aujourd'hui... Les gens se reconnaissent dans Elliott Smith, ses chansons ont pris un sens dans leurs vies, certaines sont devenues de véritables monuments, et l'existence saisissante de leur créateur a ému plus d'un coeur fragile.

Du coup, Smith, relativement ignoré il y a une quinzaine d'années, est aujourd'hui devenu un barde folk établit, autorisé à la table des grands : Will Oldham, Nick Drake et autres folkeux mélancoliques légendaires. Pourtant, un aspect de son songwriting le distinguait fondamentalement de ces deux grandes figures : au-delà de l'attachement aux racines folk américaines très rurales (le jeu de guitare tout en arpèges et en picking notamment), la musique du garçon intégrait une énorme influence pop. Les Beatles, Big Star ou les Kinks seront tous repris à un moment ou un autre, prouvant l'attachement essentiel du songwriter pour la grande pop héroïque de ces quelques groupes mythiques. Smith confectionnait ses chansons à la manière d'un orfèvre aux mains délicates, façonnant un travail d'une complexité et en même temps d'une évidence affolante, laissant derrière lui un énorme stock de mélodies à faire tourner les têtes de tous les maniaques de pop ouvragée.

Mais au delà de ces aspects de composition, Elliott Smith était surtout et avant tout un jeune homme extrêmement fragile, dont les émotions brutes s'exprimaient à merveille à travers cette voix sur le fil, qui semblait prête à dérailler ou à partir en sanglots à tout moment.

L'addiction aux drogues, la dépression, la solitude, la paranoïa, le traumatisme des Oscars, tout ça se ressentait d'une manière totalement bouleversante dans ses chansons. Mais c'est surtout l'honnêteté profonde qui transparaît dans l'ensemble de l'oeuvre qui a beaucoup marqué, évidemment. Elliott Smith décrivait avec la plus grande innocence les sentiments les plus purs qui animait son coeur tourmenté, et livrait alors une copie totalement déstabilisante et poignante.
La sensibilité à fleur de peau de Smith devint alors et reste encore aujourd'hui pour des milliers de personnes un réconfort permanent dans un monde de plus en plus pourri par un cynisme désespérant.

Voici donc 12 de mes chansons préférées d'Elliott Smith. Il y a déjà rien que là-dedans de quoi survivre des années entières dans un bunker souterrain à étudier nuit et jour ces chansons incroyables.
A consommer avec modération tout de même, ces titres pouvant entraîner crises existentielles et folies temporaires...

The Biggest Lie


Angeles


Say Yes


Between The Bars


Whatever (Folk Song In C)


All Cleaned Out


Georgia Georgia


Waltz #2


Miss Misery


Needle In The Hay


Twilight


Happiness

dimanche 1 janvier 2012

The Field Mice et la Twee Pop

Passée la nouvelle année, on oublie les classements et autres tops proverbiaux et on revient à la musique! Youpi! Et pas avec n'importe qui, attention, puisque je vous parle aujourd'hui d'un grand groupe pop complètement oublié dans nos chères contrées: The Field Mice.

Les soyeux Field Mice étaient l'incarnation même du son Sarah Records, ce label formidable de Bristol qui publia d'innombrables disques de pop délicate de 1987 jusqu'au milieu des années 90 (dont les très bons Another Sunny Day).
Mais revenons d'abord si vous le voulez bien sur l'histoire de cette fameuse twee pop à laquelle Field Mice est souvent associée, afin de mieux comprendre le contexte dans lequel le groupe a émergé.

Le "son Sarah Records" est en fait historiquement une composante de ce qu'il convient d'appeler l'"indie pop" si on vient du Royaume-Uni, ou la "twee pop" si l'on est des États-Unis (ce dernier étant le terme le plus utilisé en France aujourd'hui).
Certains historiens pop retracent l'origine de la twee pop au 3ème album du Velvet Underground. D'autres prétendent que le mouvement prend ses sources au début des années 80 en Écosse, avec l'obscur label Postcard Records qui publiait des choses très influencées par le post-punk. Les autres influences officielles de cette future twee pop incluent quelques groupes post-punks, au premier rang desquels les superbes Television Personalities, et deux-trois punks anglais tels que les Buzzcocks et les Undertones. Une certaine idée de la pop commence alors à naître, avec l'éthique DIY (Do It Yourself), à laquelle ces gens adhèrent avec enthousiasme, encourageant alors la profusion de groupes plus ou moins amateurs.

Et puis milieu des années 80 les Smiths débarquent et popularisent une pop indépendante, sans la violence ni la distorsion des guitares rock mais avec les mélodies et les sentiments amoureux de la pop. Le succès du groupe de Morissey, et son aura auprès de toute une génération d'incorrigibles romantiques, est un peu la victoire, si l'on veut, des idées de tous ces groupes indie pop aux coeurs d'artichaut. La vénération dont va alors bénéficier le groupe, particulièrement forte en Angleterre, vire du coup parfois à une idolâtrie assez incroyable, quelque peu démesurée si on la compare par exemple aux échecs commerciaux retentissants de certains groupes magnifiques de la même époque, comme Felt. Les Smiths devinrent en tout cas un formidable exemple pour des dizaines de songwriters en herbe, donnant envie à de nombreuses jeunes pousses d'empoigner leurs guitares et d'écrire leurs propres chansons, à l'instar d'un Noel Gallagher fou amoureux du groupe.

Cependant, et je n'ai pas honte de le dire, comme de nombreuses personnes qui aiment la pop indé, je n'ai jamais vraiment partagé l'enthousiasme autour des Smiths, et ce malgré de nombreuses tentatives! Ce qui ne m'empêche pas de respecter le groupe et d'être en même temps un énorme fan de quelques quelques grandes formations sensées être plus ou moins proches des Smiths (Field Mice, La's, Felt, Big Star, Jesus & Mary Chain,...). L'un n'empêche pas l'autre, que ce soit clair!

En 1986 parait la légendaire cassette C86 du NME, qui réunit de nombreux artistes dits de "twee pop" (dont les très bons Wedding Present et les excellents Pastels, dont on reparlera ici plus tard) et qui servira parfois de nom générique à toute cette bande de joyeux lurons. La cassette, concrètement, contient une chanson des débuts de Primal Scream, de nombreuses autres de groupes devenus depuis totalement insignifiants, et pour finir n'est pas si "twee" que ça, puisqu'elle incorpore en vérité des groupes beaucoup plus musclés et rock que ceux de l'indie pop.

Finalement en 1987 sortent les premiers enregistrements de chez Sarah Records, qui continueront à fouiller du côté des mélodies fragiles et des paroles sensibles.
Tout cela, "indie pop", "twee pop", "C86 sound", "Sarah Records sound" (du plus général au plus particulier) désignent donc, grosso-modo, le même type de musique, une musique d'ailleurs cruellement oubliée en France.

Mais aujourd'hui des artistes talentueux font revivre cette vision de la pop avec brio: Belle & Sebastian évidemment, mais aussi les formidables Pains Of Being Pure At Heart sur leur premier essai et Real Estate à un degré moindre.

Et pour revenir aux Field Mice, les lascars ont publiés en 1989 un premier album d'une immense beauté, Snowball, remplie de mélodies intactes prêtes à prendre d'assaut nos coeurs fragiles. Les guitares sont aigrelettes, le vague-à-l'âme adolescent et hautement romantique est bien présent et la mélancolie hante de nombreuses compositions sur ce premier essai aux aspects de classique absolu. La bande évoluera par la suite vers un son plus électronique sur les deux essais suivants parus en 90 et 91 (à retenir: l'album Skywriting, celui de 90, extrêmement beau, le suivant l'étant un peu moins), et se séparera dans la foulée, après seulement 4 années d'activité.
Au final, ils auront laissés derrière eux une petite collection de chansons éternelles, comme ces deux bijoux ci-dessous:

The Field Mice - Emma's House


The Field Mice - If You Need Someone

vendredi 17 juin 2011

Deerhunter

En voilà un groupe bien singulier...

Deerhunter, joujou de Bradford Cox (également leader d'Atlas Sound), peut-être bien l'un des derniers grands. Un illuminé, un vrai, quelqu'un de fondamentalement différent avec une vision et une vocation. Loin de l'opportunisme ambiant et de la branchitude indé, Bradford Cox est un artiste à part entière, dans le sens le plus romantique et le plus noble du terme.

Atteint du syndrome de Marfan, les traits et la carrure de Cox sont assez impressionnants à vrai dire. Laissé plus ou moins à l'abandon par ses parents divorcés dans une grande maison de banlieue, Bradford Cox grandit seul, totalement isolé. La maladie le tient à l'écart de ses camarades, il s'identifie à Edouard aux Mains d'Argent, découvre sa tendance à l'homosexualité et passe des journées seuls à écouter la musique qui exprimerait le mieux la mélancolie, la nostalgie et la tristesse qu'il ressent dans son cœur (Stereolab fait partie de ses préférés).

Loin de virer dans le misérabilisme, Bradford Cox tente de trouver les sons qui transcenderaient son existence et lui permettraient de s'évader de sa morne vie. Il expérimente et compose parce qu'il en a réellement besoin pour vivre, ce qui le rend fondamentalement différent de tout les soit-disant artistes qui ne voient dans la musique qu'un simple "loisir" passagé. L'enjeu est tout autre chez Cox.

Ce faisant le jeune homme va former Deerhunter dès 2001. L'histoire commence tragiquement puisqu'en 2004 le bassiste du groupe, Joshua Fauver, meurt lors d'un accident de skateboard... S'en suit en 2005 la sortie du premier album du groupe, Turn It Up Faggot, évidemment accouché dans des conditions terribles et décrit par le groupe lui-même comme "saturé de négativité et de mauvaises vibes".
En 2007 et 2008 paraissent tout de même les deux albums qui populariseront le groupe dans le monde du rock indé: les très bons Cryptograms et Microcastle, s'orientant alors vers une musique plus pop et accessible qu'auparavant. Ils collaborent par la même occasion avec Jay Reatard sur Fluorescent Grey et s'attirent plutôt logiquement une solide réputation grâce à leurs chansons comateuses hautement hypnotiques et leurs excellentes prestations scéniques.

En fait ce qui est bien avec Deerhunter c'est que les expérimentations les plus osées ne sont désormais plus synonymes de bâillements polis. Comme si les escapades aventureuses de Sonic Youth étaient remises au goût du jour, napées sous de belles mélodies et servis avec un fort accent psychédélique... Du coup c'est presque Teen Age Riot tout les jours, et on ne peut que s'en réjouir.

Utilisant les courants de conscience pour écrire ses paroles (sorte d'écriture automatique, Cox n'écrivant jamais ses paroles en avance), Bradford Cox compose de sublimes chansons qui ne ressemblent à rien de connu, en adéquation totale avec ce destin de génie mal-aimé qu'il cultive bien involontairement.

Mais c'est avec la parution en 2010 de son dernier joyau en date que l'homme atteint un sommet inégalable. En pleine possession de ses moyens, résolu à laisser le temps aux mélodies les plus gracieuses de s'exprimer et d'envahir toute l'âme de l'auditeur, Deerhunter a produit un véritable chef-d’œuvre qui, on n'en doute pas, restera comme l'un des plus beaux instants musicaux de notre temps.

Halcyon Digest, c'est le nom de l'album, se savoure comme les grands albums d’antan, incompréhensibles au premier abord, trop grand, trop majestueux, trop différent... Et puis la magie opère, le temps fait son œuvre et révèle toute la splendeur de la musique. Les grandes envolées lyriques se font dans des cathédrales sonores impensables pendant que la voix détachée en écho de Cox survole l'ensemble...

Pourtant le tout est étonnamment contenu dans un cadre relativement pop: les chansons sont longues mais les mélodies sont là et bien là. Tout ici est en fait assez passionnant et on n'a pas le temps de s'ennuyer une minute. Les structures sont alambiquées, les textures et la production hyper-travaillées, comme ces carillons lointains et saturés qui résonnent dans "He Would Have Laughed"... Du coup on ne cesse de découvrir la richesse infinie de cette musique...
On se perd littéralement dans les dédales de ces chansons, on peut y revenir des dizaines de fois et découvrir à chaque fois de nouvelles subtilités. A en devenir fou vous dis-je.

Ce faisant Halcyon Digest est donc: mélodique, accessible mais loin d'être vendu, complexe, subtil, remplit d'émotions, riche et passionnant. Que demander de plus?

Une apothéose quoi.


Deerhunter - He Would Have Laughed (Hommage à l'ami Jay Reatard, décédé peu de temps avant...)


Deerhunter - Helicopter


Deerhunter - Desire Lines


A voir aussi absolument les live hallucinants du groupe... Comme celui-ci:

Deerhunter - Helicopter / He Would Have Laughed (Live)

mercredi 15 juin 2011

Paul Baribeau

Si le mouvement antifolk fit quelques heureux (on pense bien sûr aux Moldy Peaches, à Adam Green, à Kimya Dawson, à Juno, tout ça tout ça), il laissa cependant derrière lui de nombreux trésors.
Parmi eux, le génie absolu de Jeffrey Lewis évidemment, mais ce n'est pas tout. Il y avait aussi le trop peu reconnu Paul Baribeau.
L'homme à vrai dire colle parfaitement aux canons du genre: des textes éminemment honnêtes et personnels, teintés d'humour et de désespoir, un jeu de guitare basique (mais diablement efficace), de belles mélodies toutes simples et naïves. Et puis toujours cette émotion à fleur de peau qui vous prend à la gorge...
Paul Baribeau, grand barbu en short qui ressemble plus à un randonneur égaré qu'à un artiste antifolk, est en fait actif depuis début 2004 (niveau discographique). Ce qui lui a a laissé le temps de s'attirer les faveurs d'un public ultra-fidèle qui à chaque concert reprend en cœur la moindre de ses ritournelles comme s'il s'agissait d'un tube intersidéral.
Il faut avouer que ses petites chansons toutes courtes sont des condensés d'émotion qui vous sautent à la figure les premiers accords à peine grattés. En deux minutes chrono Baribeau a le temps de vous raconter l'alcoolisme de sa mère, son désespoir quand sa copine l'a largué, son amour éternel pour cette fille qui en aime un autre et ses rêves d'avenir... On en ressort orphelin de tout cynisme, enfin libéré de tout les faux-semblants. Une sympathie infinie s'installe alors pour l'auteur de ces missives, comme à un ami qui nous ouvre son cœur et parait soudain si proche et si semblable...

Les compositions de notre homme se savourent comme des petits bonbons tour à tour sucrés ou amers, ravissant le palais puis laissant irrémédiablement sur sa faim...

Rarement en tout cas on aura entendu quelqu'un sonner si vrai.
Kimya Dawson, une femme intelligente, confia qu'elle ne put s'empêcher de pleurer la première fois qu'elle entendue "Never Get To Know"... On la comprend tellement.
Pour que vous compreniez aussi, les paroles de la chanson, puis quelques extraits:

I'll never get to know my friend Steven
He thought he found an answer
He was my firend since kindergarden
And then I watched him disappear.

I'll never get to know my friend Mellisa
She had a baby when she was sixteen
And now she works in a mall in Florida
Sometimes I wonder who she could have been.

I'll never get to know my mom's friend Bonnie
She's the one who made me want to be an artist
She could paint the prettiest pictures
until both her lungs collapsed.

I'll never get to know my mom's friend Harry
He had a low scrattchy growl of a voice
He sing 'make me an angel that flies from montgomery'
And then he drank himself to death

I'll never get to know my sister
Because my sister is a crack head
But thank God I remember
When she was just a little kid

I'll never get to know my dad
Because my dad lives in a dream
And even though I think he's the best
He seems so far from everything

And I'll never get to know my mom
Because my mom is an alcholic
And I bet when she was young
She never saw it coming

Now you might wonder why I'm an asshole
You might wonder why I'm so uptight
You might wonder why I just don't chill out
And learn how to have a good time
Well, sometimes I'm scared right out of my mind
And sometimes I just get angry
Because I've been let down by the people that I love
But I will not let down the people who love me.


Paul Baribeau - Never Get To Know (Live)


Paul Baribeau - Brown Brown Brown (Live)


Paul Baribeau - Rolling Clouds (Live)


Enfin une des plus belles chansons d'amour de tout les temps: Strawberry de Paul Baribeau:

Paul Baribeau - Strawberry (Live)

dimanche 12 juin 2011

Ali Farka Toure & Toumani Diabate

Si la musique africaine regorge de trésors, elle n'en reste pas moins ici résumée à d'affreux clichés. L'Europe et la France auront retenu, avec l'émergence de l'abominable "World Music" dans les années 80, ces tubes "dansants" ridicules, pire que la pire production 80's signée George Michael, pleine de synthés dégoulinants et de lourdes basses, rappelant plus la mauvaise disco qu'autre chose. Le Brésil ou le Mali seront dès lors sur la carte du marché du disque, mais pour de très mauvaises raisons.

Parmi la musique authentique qui a su résister aux influences néfastes de la musique prête-à-jeter, il y évidemment eu le grand Ali Farka Toure. Lui a su s'ouvrir aux bonnes personnes aux bons moments: on pense bien sur à sa superbe collaboration avec Ry Cooder, ou son alliance avec le blues du génial Taj Mahal. Farka Toure relève les points de liaisons entre ces styles et les marient avec brio, et du coup le résultat sonne bien mieux que la fusion poussive de la "musique du monde".

Pour l'album dont on va vous parler ici, le vieux malien a encore sélectionné son acolyte avec soin: c'est avec son flamboyant compatriote Toumani Diabaté qu'il choisit de travailler en 2005 pour un disque exceptionnel, In The Heart Of The Moon. Diabaté est à la kora, Toure à la guitare, et la magie opère.
Le chant est à peine présent, l'album est essentiellement instrumental, le tout est joué avec des instruments tout à fait traditionnels, et on est sidéré par la cohérence et la magie de cette galette. Enfin un album moderne où on laisse le temps à la musique de respirer, on ne se presse pas, on laisse les ambiances et les atmosphères embaumer l'air et imprégner l'auditeur jusqu'à la moelle.
On pense ici à tout ce Mali fantasmagorique, aux grandes étendues arides, au désert Saharien, à l'espoir, aux doux souvenirs d'enfance, aux oasis, aux villages... Ce n'est pas qu'une simple rencontre, c'est un voyage initiatique qui transpire le Mali de tout ses pores qui est proposé ici.

La guitare de l'ancien est limite blues et la kora de Diabaté se révèle d'une finesse et d'une richesse assez incroyable. La kora tresse et enjolive de sublimes toiles de fonds tandis que la guitare de l'ancien bâtit et affirme les mélodies. Il en ressort au final une musique profondément émouvante, humaine et africaine.

Mais rien ne sert de trop en parler. Il suffit de tendre l'oreille:

Ali Farka Toure & Toumani Diabaté - Kaira


Ali Farka Toure & Toumani Diabaté - Debe


Ali Farka Toure - Gomni!

lundi 6 juin 2011

The La's

Certains les appellent les "parrains de la brit-pop". Ils sont adulés à la fois par Pete Doherty, Morrissey et Noel Gallagher, qui dit de son leader qu'il est "certainement le songwriter le plus doué de notre génération"...
Non on ne parle pas des Jam, ni même des Stone Roses... Mais bien des La's, groupe fondateur mené par un illuminé tendance excentrique, Lee Mavers, responsable d'un unique album éponyme, publié en 1990.

Avec cette galette mythique, les troupes de Mavers réussissent à faire le lien entre les différents courants qui tiraillent la pop anglaise à la fin des années 80: la twee-pop (école Sarah Records) et ses douces mélodies naïves, les grands de chez Creation qui sont des styles à eux tout seuls (les fabuleux Felt, Primal Scream, J&MC, Teenage Fanclub, Pastels, j'en passe et des meilleurs...) et enfin les jeunes pousses du mouvement Madchester.
La gouaille de Mavers n'est pas sans rappeler celle d'un Ian Brown juvénile, et le don pour les mélodies pop sucrées et douces-amères du groupe convoquent les Smiths, Field Mice et autres Another Sunny Day sous leurs meilleurs jours...

Au bout du compte cet album des La's reste une réussite absolue. Pop, concis, il regorge de mélodies mirifiques et de très beaux textes amoureux, et le tout est exécuté avec une grande délicatesse (le disque est majoritairement acoustique)...

Il y a ici une fulgurance typiquement Anglaise qui n'est pas sans rappeler les plus grands jours de la pop britannique, quand fière et conquérante elle imposait ses refrains au monde. Il y a de cet esprit chez les Stone Roses et les La's, et c'est de ça que s'inspireront Oasis, Blur, Supergrass, Pulp, Suede et tant d'autres quand il s'agira quelques années plus tard de porter fièrement l'Union Jack sur sont t-shirt, sa guitare ou en première page des magazines.

Obsédants et inusables, les La's auront donc marqués l'histoire de la pop anglaise par le biais d'un seul album, atterrit qui plus est à la 30ème place seulement des charts UK à sa sortie...
Mais peu importe les ventes du moment, la pop des La's a infiniment mieux vieillit que 95% des productions de l'époque. Depuis la relative indifférence initiale, tant le public que les rock critics et les artistes n'ont cessés de réévaluer à la hausse les chansons des La's, jusqu'à les ériger aujourd'hui en monument pop national.

On en vient presque à penser parfois qu'avec un peu plus de chance (être au bon endroit au bon moment peut aider par exemple...) les La's auraient parfaitement pu conquérir le monde, comme Oasis le fera 4 ans plus tard... Si seulement le destin en avait voulu autrement. Car malgré tout son génie, Lee Mavers et ses caprices tueront dans l’œuf une formation pourtant si bien partie. Se foutant totalement d'un quelconque plan de carrière, très certainement complètement accro à l'héro, Mavers, à l'instar d'un Peter Perret ou d'un Kevin Shields, se coupe peu à peu du monde extérieur pour ne plus vivre qu'enfermé chez lui, dans sa propre galaxie, torpillant ainsi tout espoir d'avenir pour le groupe.

Peu importe au fond, l'homme a déjà suffisamment contribué à illuminer nos sombres existences avec un disque d'une beauté renversante. C'est déjà beaucoup.

The La's - There She Goes

dimanche 5 juin 2011

Spacemen 3

Et voilà ce qui se passe quand on gave de pilules magiques quatre gosses aux oreilles avisées...

Formés au début des années 80 à Rugby, en Angleterre, par Jason Pierce (J Spaceman) et Peter Kember (Sonic Boom), tout deux guitaristes, Spacemen 3 passe plusieurs années à jammer et à perfectionner son art avant de se lancer dans une aventure discographique. Alors qu'ils sont en place depuis 1982, ce n'est qu'en 1986 que la formation parvient à publier son premier album, le désormais classique Sound Of Confusion. Hautement psychédélique, ne délaissant pas les mélodies, Sound Of Confusion pose surtout les bases de ce qui fera la singularité du groupe: des guitares infernales, qui martèlent le même riff jusqu'à l'hypnose, le tout avec un son plus distordu, acéré et bourdonnant que jamais.

Si Spacemen 3 doit quelque chose à quelqu'un, c'est bien à Roky Eriksson et ses 13th Floor Elevators... Le groupe psyché d'Austin avait dès le milieu des années 60 anticipé ce qui allait se passer 20 ans plus tard: des guitares acérées comme des lames de rasoirs, un chant plus ou moins approximatif et incantatoire, des paroles hallucinées, un rythme martial et une vibe psychédélique fortement nourrie de drogues en tout genre.

On pense aussi évidemment aux géniaux Jesus & Mary Chain: les deux groupes sont tout deux très en avance sur leur temps, on s'en rendra compte plus tard, et semblables par bien des aspects. Formés un an après les Spacemen 3, J & M seront cependant les premiers à dégainer, en 1985, avec le chef d’œuvre Psychocandy, soit un an avant Sound Of Confusion...
Ce sera un bien pour un mal à vrai dire, puisque le succès des Mary Chain permit de plus ou moins "former" les oreilles du public, plus apte dès lors à apprécier la violence psychédélique des Spacemen 3 quand elle débarquera dans la foulée...

Enfin la drogue a une importance capitale dans la musique du groupe, au point de nommer un de leurs albums "The Perfect Prescription", et une collection de démos post break-up "Taking Drugs To Make Music To Take Drugs To"...
Le son du groupe, avec ces riffs répétés jusqu'à l'hypnose et ces guitares tronçonneuses qui finissent d'assommer l'auditoire reproduisent à la perfection la léthargie comateuse et hallucinogène des drogues les plus puissantes.

Après l'inaugural et abrasif Sound Of Confusion, le groupe va enfoncer le clou avec ses deux essais suivants: le très bon The Perfect Prescription (1987), sur lequel les titres descendent rarement en dessous des 5 minutes, et le chef-d’œuvre Playing With Fire (1989), qui voit la bande atteindre son apogée avec des chansons mythiques comme Revolution. Spacemen 3 a alors appris à nuancer ses compositions et brille de mille feux sur les pistes les plus apaisées.

En 4 ans le groupe a donc enchaîné 4 albums de très haute facture (un superbe live à Amsterdam publié en 1988, intitulé Performance, complète la série) et influencé des générations de rockers qui ne se remettront pas de la modernité absolue de cette musique puissante et psychédélique.

En 1991, Pierce et Kember se détestent et ne peuvent plus composer ensembles. Une face est donc allouée à chacun des deux leaders, et il en résultera le dernier album du groupe, Recurring, étonnamment bon quand on connait ses conditions de conception...
Par la suite, 3 collections de démos ou d'alternate versions (Losing Touch With Your Mind (1991), Taking Drugs To Make Music To Take Drugs To (1994) et For All the Fucked-Up Children of This World We Give You Spacemen 3 (1995), souvent dépourvues d'électricité, dévoileront au grand jour les squelettes des chansons du groupe. Ces 3 recueils (il y en a d'autres, mais ces 3 là sont particulièrement bons) finiront de prouver à qui en doutait encore que derrière tout ce bruit brillaient des compositions très belles, limites pop parfois.

La suite est connue: la génération shoegaze d'abord rependra à la fin des années 80 les enseignements encore tout chauds de nos hommes de l'espace, avant que la scène Madchester ne récupère avec entrain le profond attachement du groupe pour les drogues. Dans les années 90, les Dandy Warhols et surtout le Brian Jonestown Massacre feront figure de très bons élèves aux yeux de Sonic Boom et de Jason Pierce qui, entre temps, ont eu le temps de former respectivement Spectrum et Spiritualized (à qui on doit, s'il fallait le rappeler, un disque absolument parfait, "Ladies & Gentlemen We Are Now Floating In Space"), rien que ça!
Des Warlocks à MGMT en passant par les Black Angels ou les légendes inclassables de Primal Scream, tous ne seront que des apprentis plus ou moins brillants des visionnaires Spacemen 3...

Pour cette flopée de groupes géniaux, et surtout pour leur musique sortie de nulle part, on dit merci aux gentils hommes de l'espace!


Spacemen 3 - Revolution


Spacemen 3 - Lord Can You Hear Me


Spacemen 3 - Hypnotized

vendredi 3 juin 2011

Os Novos Baianos

Voilà pour aujourd'hui ce qui est certainement le plus grand groupe de rock brésilien de tout les temps. Et encore, dire "groupe de rock" pour parler des Novos Baianos est très très réducteur...

Dans la région de Bahia, ce groupe de joyeux lurons vit à la fin des années 60 en communauté au fin fond de la campagne bahianaise, et passent le plus clair de leur temps à jouer leur bien étrange musique et à organiser des matchs de football.
Ces gentils hippies n'en sont pas moins des musiciens absolument hallucinants: Pepeu Gomes est considéré à très juste titre comme l'un des tout meilleurs guitaristes de l'époque...
Mêlant comme aux plus belles heures du tropicalisme la guitare électrique et les instruments brésiliens traditionnels (cavaquinho, chocalho, pandeiro, etc...), la musique des Novos Baianos est remplies de voix limpides et de mélodies sublimes jouées par un orchestre virtuose qui réunissait le meilleur des influences rock et samba.

Vouant un culte aux styles musicaux typiquement brésiliens, de la samba à la bossa-nova en passant par toutes les musiques du Nordeste (choro, frevo, baião,...) et en même temps profondément marqués par la pop et le rock psychédélique à la mode aux États-Unis et en Angleterre, les Novos Baianos sont donc, à l'instar de Caetano Veloso et de quelques autres (Gilberto Gil, Tom Zé, Os Mutantes), une synthèse assez parfaite de ces deux influences majeures. Le tout est joué avec un bonheur contagieux et une virtuosité impressionnante, ce qui évidemment ne gâche rien.

Le deuxième et meilleur album du groupe, Acabou Chorare, sortit en 1972, est aujourd'hui considéré par certains spécialistes comme le plus grand album brésilien de tout les temps, ce qui est d'autant plus remarquable quand on connait la richesse de la musique brésilienne... Voici par exemple la (très bonne) liste de Rolling Stone Brésil des plus grands albums "nationaux":

1. Os Novos Baianos - Acabou Chourare
2. Divers - Tropicalia ou Panis et Circensis
3. Chico Buarque - Construção
4. João Gilberto - Chegua De Saudade
5. Secos e Molhados - Secos e Molhados
6. Jorge Ben - A Tabua Da Esmeralda
7. Milton Nascimento & Lô Borges - Clube Da Esquina
8. Cartola - Cartola
9. Os Mutantes - Os Mutantes
10. Caetano Veloso - Transa (dont je vous avais parlé il y a quelque temps...)

Avec les Novos Baianos les mélodies sont sublimes, les paroles sont tendres et les sourires sont larges: rarement on aura entendu un groupe si bon charmer l'oreille avec tant de facilité et de décontraction...

"Il est venu le temps pour ces gens bronzés de montrer leur valeur" disaient-ils dans Brasil Pandeiro avec un patriotisme tout naturel, en parlant du peuple brésilien. Les Novos Baianos, tout au long de leurs albums fabuleux, ne cessent de prouver cette valeur...


Os Novos Baianos - Brasil Pandeiro


Os Novos Baianos - O Samba Da Minha Terra


Os Novos Baianos - Preta Pretinha


Enfin voilà notre collectif en plein descente d'acide, avec longs solos de guitare psyché, paroles indéchiffrables et tout le tintouin à la clé, mettant une rouste monumentale aux Grateful Dead et autres Quicksilver Messenger Service de la même époque:

Os Novos Baianos - Alunte

samedi 14 mai 2011

Miracle Legion

Encore de grands oubliés de notre histoire musicale!

Miracle Legion est un humble groupe en provenance du Connecticut qui émerge en 1983. Fortement influencé par Big Star et surtout R.E.M. (car oui, il faut le rappeler, REM au début c'était bien), Miracle Legion publie en 1984 son 1er album, The Backyards, sur Rough Trade. Déjà sur ce premier jet on retrouve une maitrise impressionnante du rock tendre, de la pop simple, directe et pleine de refrains amoureux. C'est au fond un peu ce que réussiront aussi à faire plus tard les meilleurs groupes twee-pop (dont les sublimissimes et méconnus Field Mice que je vous recommande très chaudement).

Les paroles sont remplies de poésie à fleur de peau. On parle ici de cœur brisé, on danse sous la pluie, on s'embrasse pour la première fois. Tout est assez pur en fait, trève de cynisme et de méchanceté!

En 1987 parait Surprise Surprise, qui ne parviendra toujours pas à sortir le groupe de son anonymat. Pourtant la galette est encore une fois blindée de très belles mélodies. On retiendra particulièrement la fulgurante All For The Best, sommet d'émotion incomparable, reprise de manière intéressante par Thom Yorke 20 ans plus tard.

En 1989 c'est au tour du chef-d’œuvre: Me and Mr Ray, considéré par la plupart des connaisseurs comme ce qu'a fait de mieux le groupe de Mark Mulcahy. Se réconciliant avec ses influences folk, notamment Nick Drake, Miracle Legion accouche ici d'un disque particulièrement beau et attachant.

Finalement en 1992 parait le dernier grand album du groupe, Drenched. Et c'est là qu'on se demande très sérieusement comment un groupe qui a publié 4 albums pop d'une telle beauté ait pu rester aussi inconnu? C'est au fond tellement injuste que c’en devient presque insupportable, surtout si on se souvient qui caracolait en tête des charts à l'époque...

Par la suite Mulcahy partira former les très bons Polaris, puis poursuivra une carrière solo.

Et puis en 2009, suite à la mort tragique de sa femme et en soutien à cet artiste unique qu'est Mark Mulcahy, est publié un album de reprises de ses chansons (particulièrement de Miracle Legion), où l'on retrouve les admirateurs du bonhomme: Dinosaur Jr, Michael Stipe de REM, The National, Thom Yorke, Vic Chesnutt, Elvis Perkins, Mercury Rev, Ben Kweller,... Rien que ça!
Ca s'appelle Ciao My Shining Star: The Songs of Mark Mulcahy, et on ne remerciera jamais assez ceux qui ont eu l'idée de cet hommage. C'est d'abord très beau, et puis ça a permis de faire connaitre un peu Miracle Legion à un public plus large et de venir en aide à un artiste qui vit des temps difficiles.

"It just started to rain but I'm already drenched".

Ci-dessous, la sublimissime You're The One Lee, l'une des plus belles chansons d'amour jamais composée.

Miracle Legion - You're The One Lee

dimanche 8 mai 2011

The Magnetic Fields

Stephin Merritt, le leader maximo des Magnetic Fields, restera certainement pour les futures générations l'un des plus grands architectes pop de notre époque.
Qu'il soit assez largement ignoré par la presse actuelle et le public ne compte donc pas vraiment; le temps fera son œuvre, on n'en doute point.

Merritt à vrai dire est un personnage assez particulier dans le monde musical. Un original refusant de se plier aux règles, notoirement insupportable dans la vie civile, tyran déprimé et méprisant, capricieux et détesté par nombre de ses proches. Homosexuel, souffrant d'hyperacousie, particulièrement solitaire, l'homme a peu d'égards pour ce bas monde. Bob Mould répondait d'ailleurs à un interviewer qui l'affublait du titre de "most depressed man in rock'n'roll" par un cinglant "You've never met Stephin Merritt obviously".
Aussi original et inclassable qu'il soit, Merritt n'en reste pas moins un artiste avec une vraie vision. Un artiste qui veut user de ses dons pour atteindre l'orgasme pop ultime, celui dont on ne reviendrait jamais. Toute sa vie, surtout à partir de 69 Love Songs, semble tendre vers cet objectif unique.

C'est à la fin des années 90 que les Magnetic Fields commencent a faire parler d'eux: en 1999 paraît le triple album 69 Love Songs, qui contient, comme son nom l'indique, 69 (!) chansons d'amour... Et c'est un monument de pop bigarrée, mélodique et inventive. Une encyclopédie de la pop telle qu'elle devrait être de nos jours: moderne, symphonique et jamais redondante. Tendu vers son objectif, sûr de son fait, Merritt ne lâche prise à aucun moment. Sur ce triple-album tout y est: la voix de barriton de Stephin Merrit, les histoires d'amour comico-tragiques, l'emphase des grandes ballades... Tout ce qui nous fera adorer les Magnetic Fields pour l'éternité.
On aperçoit ici avec plaisir des influences qu'on entend nulle part ailleurs dans le monde de la musique indépendante, notamment celle de la grande pop orchestrale américaine, méprisée et piétinée par des décennies de rebelle-attitude rock: Cab Calloway, Burt Bacharach, Buddy Holly, Scott Walker, Roy Orbison,...

Le tout est joué avec la quasi-intégralité des instruments de la création, mais toujours avec des éléments qui ancrent cette musique dans le présent: synthétiseurs, guitares électriques, éléments électroniques...

Stephin Merritt continuera par la suite à creuser son magnifique sillon pop en publiant une série de trois disques dont le synthétiseur est exclu. On commencera avec i en 2004, Distorsion en 2008, sublime disque fortement influencé par les Jesus & Mary Chain, et Realism en 2009, beaucoup plus acoustique cette fois.
Mais la formule magique ne change pas: les paroles ironiques, douces puis amères, la maîtrise et la diversité hallucinante des instruments, les clavecins, les banjos, les violons, les orgues, le piano, le violoncelle et les trompettes se réunissant pour danser ensembles dans une grande orgie pop... Sans oublier ces chœurs et ces voix merveilleuses fondus dans des écrins mélodiques tutoyant la perfection...

Ces 4 très recommandables albums sont tous audibles en intégralité sur Deezer.

Et voici un extrait du dernier album, Realism. Ca s'appelle You Must Be Out Of Your Mind et les textes sont ici d'une méchanceté incroyable! Dylan est un enfant de cœur à côté:
"Why would I want to talk to you? I want you crawling back to me, down on your knees. (...) You can't just go 'round and say stuff because it's pretty, and I no longer drink enough to think you're witty"...


The Magnetic Fields - You Must Be Out Of Your Mind

samedi 7 mai 2011

Yo La Tengo

Aujourd'hui, Yo La Tengo!

Ce groupe bénéficie d'un statut culte dans le monde du rock indé et pour cause: malgré leurs personnalités introverties, les petits gars de Yo La Tengo sont responsables depuis 1984 de dizaines d'albums fondateurs couvrant à peu près tout les styles possibles et imaginables: punk, country, folk, rock noise, hardcore, pop...
Avec les Butthole Surfers ils sont certainement les plus fous des groupes indés de l'époque, n'ayant peur de rien et de personne (et certainement pas des majors), allant systématiquement là où on ne les attendait pas.
Le groupe rencontra donc un succès plutôt limité, mais les critiques ne cesseront au cours des années de défendre ce groupe unique. Yo La Tengo a d'ailleurs souvent été surnommé "the quintessential critics' band", ce n'est pas anodin!

A l'aube des années 2000 le groupe a cependant commencé à se calmer, publiant un sublimissime album de "dream-pop": And Then Nothing Turned Itself Inside Down.
Le chant murmuré, les rythmes apaisés et les images mélancoliques évoquent fortement Sparklehorse à vrai dire, qui deux ans auparavant publiait l'éternel Good Morning Spider, ainsi que la pop divine et immaculée de Galaxie 500.
A sa publication cet essai a en fait beaucoup surpris par sa beauté: qui pensait en effet que ce vieux groupe de rock indé serait capable de sortir un disque d'une telle cohérence? Alors que les plus belles années du groupe sont déjà bien loins, Yo La Tengo parait plus à propos que jamais; Spiritualized notamment est passé par là.

Ce disque sera toujours pour moi celui des souvenirs des longues nuits moites d'été, celui de la langueur et de la mélancolie des après-midi ensoleillés passés à rêvasser et à parler de l'avenir. C'est un album hors du temps et des modes comme on les aime, n'appartenant à aucun mouvement, exaltant une musique authentique et entière.

L'album est écoutable en intégralité sur deezer:
http://www.deezer.com/fr/music/yo-la-tengo/and-then-nothing-turned-itself-inside-out-106181#music/yo-la-tengo/and-then-nothing-turned-itself-inside-out-106181

Et voici un extrait:

Yo La Tengo - Our Way To Fall

lundi 2 mai 2011

The Eyes

Alors là, j'avoue sans aucune honte que je n'aurais jamais déniché ce groupe tout seul. A vrai dire peu de gens en auraient été capables: The Eyes n'a existé que l'espace de trois ans (de 1965 à 1968) et a eu le temps de publier à peine 8 morceaux (!), dont deux reprises... Rien de plus.

Pourquoi parle-t-on donc d'un groupe aussi insignifiant, qui soit dit-en passant n'a eu absolument aucun succès ni aucune reconnaissance en son temps???
Hé bien il se trouve que les 8 morceaux en question sont tous méchamment bons... Tous sans exception.

On peut donc remercier chaleureusement les compilations Nuggets pour ses innombrables services rendus à la cause rock'n'roll, et pour nous avoir déterré cette pierre précieuse oubliée des 60's. Au passage, si vous ne connaissez pas les compilations Nuggets et que vous aimez le rock mod, garage, psyché et r&b du début et milieu des 60's, foncez les yeux fermés, vous n'en reviendrez pas vos oreilles.

Le son garage-mod des Eyes rappelle à vrai dire fortement celui des Kinks première période ainsi que celui des Who quand ils n'avaient pas encore sombré dans l'opéra-rock. Le chanteur a une voix crâneuse et arrogante au timbre absolument parfait pour le genre qu'ils pratiquent, et les 5 membres ont, pour couronner le tout, la classe absolue.

Voilà donc pour ce soir une des rares chansons des Eyes: la contagieuse I'm Rowed Out... Alors bien sûr ce morceau n'est pas sans rappeler dans la forme la fameuse I Can't Explain des Who. Cependant, sans vouloir commettre de crime de lès-majesté ni nier le talent infini des Who, mais quand même, on pense être en droit d'affirmer qu'on trouve I'm Rowed Out encore meilleure que le classique de Townshend. Et en plus le clip est parfait... Que demander de plus?

The Eyes - I'm Rowed Out

dimanche 1 mai 2011

Flotation Toy Warning

Un album, un joyau, et puis plus rien...
En 2004 ce groupe alors inconnu au bataillon publiait un album d'une splendeur absolue, beau, orchestrée et onirique comme aux plus belles heures de Sparklehorse, Grandaddy, Mercury Rev, Spiritualized ou Flaming Lips, tout ces groupes passionnants qui distillaient leur pop rêveuse depuis le milieu des années 90 pour les plus vieux.

Si Spiritualized et les Flaming Lips évoquaient dans des styles différents l'espace intergalactique, Grandaddy les grandes plaines et les forêts, Mercury Rev les déserts et Sparklehorse les souvenirs d'enfance enfouis, Flotation Toy Warning évoquent quant à eux les infinies étendues bleues, l'océan beau et menaçant, les explorateurs oubliés du 18ème siècle qui partaient à l'abordage des eaux arctiques dans des contrées inconnues, la mélancolie des histoires de Jules Verne, les vieux capitaines aigris qui, à la tête de leurs navires chancelants, noient leurs désespoirs dans l'alcool,... Ce Bluffer's Guide To The Flight Deck c'est tout ça et bien plus encore, Flotation Toy Warning publiant ici un album passionnant de bout en bout, un voyage qui fait tourner la tête et oublier le quotidien morne et gris.
Mêlant expérimentations sonores, chœurs grandiloquents, collages sonores, violons aériens et mélodies inoubliables, ce disque atteint son but aisément, un but finalement assez simple mais souvent très difficile à pleinement réussir : nous faire voyager dans un environnement et une atmosphère totalement cohérente tout le long de l'album.

Et puis, des années durant l'auditeur avertis a attendu fébrilement une suite à ce coup d'éclat... Mais il n'en fut rien. Disparaissant comme il était venu, le groupe ne donne plus de nouvelles et fait croire à un rêve éveillé...
Jusqu'à cette année puisqu'après plus de 6 ans d'attente, Flotation Toy Warning a annoncé la sortie d'un deuxième album! Alléluia mes frères!

Le lien pour écouter l'album en entier sur Deezer:
http://www.deezer.com/fr/#music/flotation-toy-warning/bluffer-s-guide-to-the-flight-deck-42912

Extrait:

Flotation Toy Warning - Donald Pleasance

samedi 30 avril 2011

The Kinks

Les Kinks seraient-ils tout compte fait le meilleur groupe des années 60??? Mmmhhh... Et pourquoi pas après tout?

Toujours à contre-courant, le groupe emmené par les frères Davies a publié tout au long des années 60 des chansons magnifiques, anticipant avec les ultra-violents You Really Got Me et All Day And All Night toutes les déflagrations sonores à venir, puis se tournant vers une sublime pop orchestrée quand ce genre tombe justement en désuétude et que le ton commence à se durcir sous l'égide des Hendrix, Cream, Stooges, Led Zeppelin, etc...

Jamais au bon endroit au bon moment en fait.

Et puis la haine et les bastons récurrentes entre frères, les concerts ravageurs, les tournées destructrices, l'exclusion du syndicat des musiciens, le manager pas très honnête et enfin l'interdiction de jouer aux USA finiront de plomber un groupe qui aurait pu, qui aurait du devenir l'un des plus grands groupes de son temps.

Ray Davies peut pourtant après coup être considéré comme l'un des plus grands songwriters pop de son époque pourtant pas avare en génies en la matière (Lennon-McCartney, Brian Wilson,...). Le gentleman encapsule dans son songwriting tout le charme vieillot et nostalgique de la pop anglaise la plus traditionnelle et féérique, et en même temps tout l'irrespect fondamental et la transgression vitale qui caractérise cette nation ambivalente.

Pour aujourd'hui donc, peut-être la plus belle chanson pop de tout les temps. Rien que ça!
Les chœurs atteignent ici de tels sommets de complexité et de splendeur... Ça en arrête le temps, ça en devient carrément divin.
A écouter lors de belles ballades ensoleillés au parc, de préférence à Waterloo évidemment...

"As long as I gaze on Waterloo sunset, I am in paradise..."

The Kinks - Waterloo Sunset

jeudi 28 avril 2011

Jeffrey Lewis - 12 Crass Songs

Pour ce soir un artiste auquel je tiens beaucoup: Jeffrey Lewis.

Le petit génie de l'antifolk, seul successeur crédible à Daniel Johnston, auteur de centaines de chansons tour à tour drôles, émouvantes et belles traine depuis des années sa carcasse un peu partout où on veut bien l'écouter.
Ses petites histoires de vie hilarantes, ses chansons en formes de cours d'histoire du punk ou du communisme en Chine, ses "low-budget videos", ses textes à la poésie réaliste et tendre à la fois... Tout chez Jeffrey Lewis est adorable.

D'ailleurs je tiens le titre Back When I Was 4 comme l'une des plus belles chansons de ces 10 dernières années (dans ce style là, à ce niveau, je ne vois que Paul Baribeau avec "Never Get To Know").

Mais en 2007, à la surprise générale, l'énergumène sort un album de reprises de Crass, sobrement intitulé "12 Crass Songs".
A vrai dire ce groupe punk-hardcore pacifico-anarchiste cachait derrière un bruit monstre et une absence coupable de mélodies des paroles militantes beaucoup plus intelligentes que la moyenne de l'époque...
Le traitement qu'inflige Jeffrey Lewis à ces chansons est radical et salvateur: l'album est d'une beauté renversante, varié, fourmillant d'idées, accompagnant de nappes de violons ou de synthés des superbes textes réadaptés pour l'occasion, trouvant des mélodies sublimes là où il n'y en avait aucune...

Pour ça et pour encore plein d'autres choses, thanks mister Lewis!


Jeffrey Lewis - End Result



A écouter absolument dans cet album aussi: Punk Is Dead et I Ain't Thick, It's Just A Trick.

mercredi 27 avril 2011

Caetano Veloso - Transa

Pour l'inauguration de cette nouvelle rubrique, qui a pour but de partager avec vous un morceau par soir, un Brésilien: Caetano Veloso.

Figure historique au Brésil, initiateur du mouvement artistique du tropicalisme, emprisonné puis forcé à l'exil par la dictature militaire au pouvoir à la fin des années 60, Caetano Veloso se retrouve en 1969 à Londres dans un pays où le rock est alors à son apogée.

Déjà profondément influencé par la musique "occidentale" (ce qui n'est d'ailleurs pas du goût de tout le monde à l'époque au Brésil...), incluant dans ses oeuvres précédentes de fortes références aux Beatles et au rock psychédélique, Caetano franchit un nouveau pas dans le melting-pot musical avec son album éponyme de 1969, composé juste avant son départ forcé et mêlant pour la première fois chants en portugais et en anglais.
Après un autre excellent album éponyme publié cette fois-ci en Angleterre en 1971, l'artiste atteint le sommet de son art avec Transa (1972)... Le disque est de bout en bout absolument hallucinant, enchanteur, emportant l'auditeur dans un voyage mystique aux confins de la musique brésilienne, africaine et anglo-saxonne... Un album vital à découvrir de toute urgence.

Voici donc pour ce soir le très beau morceau d'ouverture de cet album:

Caetano Veloso - You Don't Know Me