Affichage des articles dont le libellé est Dossiers. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dossiers. Afficher tous les articles

dimanche 4 décembre 2011

Jay Reatard / Ty Segall / Black Keys / Black Lips : même combat?

On a beaucoup parlé du retour du rock au début des années 2000, sous la houlette des fameux "sauveurs du rock", les Strokes. Mais beaucoup moins de ce qui s'est passé après...
Mais revenons d'abord au commencement. Au début de la dernière décennie, le rock des Stooges, du Velvet, des Ramones ou de Television revenait en force et redonnait un style, un son et une esthétique à ce come-back, que vous l'aimiez ou pas. Les Converses, les slims troués, les cheveux longs, les poses de rock stars, tout ça est redevenu à la mode en un clin d'oeil...
Au niveau sonique la violence du garage et des punks, qu'ils soient Anglais ou Américains, revenaient également sur le devant la scène: merci donc aux White Stripes, aux Hives, aux Libertines, aux Vines même: tout cela n'aurait pas été possible sans eux. Et puis comme tout mouvement rock'n'rollesque, le truc s'est effrité.
Les Libertines n'auront pas survécus aux relations d'amour-haine entre Barat et Doherty, ils ont été les premiers à succomber. Craig Nicholls s'est révélé atteint du syndrome Asperger, et son groupe alterna par la suite coupures, coups de génies et chansons clinquantes et grotesques. Les White Stripes sont séparés depuis bientôt un an, alors qu'il se faisaient de plus en plus rare depuis la deuxième moitié des années 2000. Les Hives n'ont rien publiés depuis 2007. Et les Strokes, quasi-séparés, ont finalement sortis leur 4ème album tant attendu : un disque fatigué et à cours d'idées.
Bref vous l'aurez compris, cette génération est belle et bien morte. Enterrée. Finit.

Que nous a-t-elle donc laissée cette vague rock au final? Hé bien peut-être une tripotée de groupes qui n'ont pas voulu s'arrêter en si bon chemin et qui ont continués à creuser le sillon du retour du rock, tout en se forgeant leur propre identité, complexe et multiple. Moins célèbres, moins "commerciaux", plus intransigeants, plus Lo-fi et plus bordéliques: les groupes qui ont suivis ont en tout cas fait honneur à la cause rock'n'roll.

Cette nouvelle génération a d'ores et déjà un héros. Que dis-je, un martyre: Jay Reatard, sacrifié sur l'autel de ses idéaux rock, fauché en pleine gloire par un cocktail mortel d'alcool et de cocaïne.
Car c'était lui le vrai détonateur: celui qui publiait 10000 chansons à un rythme frénétique, sous différents pseudos, sous différentes formations, en EP's, 45's, albums, en solo ou en groupe...
Il fut un guide et une modèle dans sa manière de faire. Et puis dans sa manière d'être: le garçon ne partait de rien, élevé dans une famille brisée qui vivait dans la pauvreté la plus totale. Sur scène, Jay expulsait furieusement toute cette frustration emmagasinée au cours d'une existence rocambolesque. Déchaîné, il ne laissait aucun répit au public, les attrapant à la gorge et ne lâchant prise qu'une fois le travail terminé. L'éthique punk et "Do It Yourself" reprenait alors tout son sens.
Enfin, surtout, Jay Reatard était certainement le seul rejeton dont les Buzzcocks pouvaient être fiers. L'artiste incorporait dans sa musique la pop 60's avec un sens du refrain incroyable, qu'il fusionnait allègrement avec des rythmes et un chant punk, une hargne garage, et cette formule mélodique que seuls ces satanés Buzzcocks connaissaient, et qui avait été développé par des gens comme les Pixies ou Supergrass.
Il fut l'auteur d'un nombre incalculable de chansons invraisemblables, disséminés principalement sur 3 albums solos fournis (dont une compilation de singles): Blood Vision, Matador Singles '08 et Watch Me Fall. Sa mort fut donc une perte incroyable, d'autant que la trajectoire pop qu'il prenait laissait augurer des jours radieux. Tant pis : Jay Reatard était bel et bien fulgurant.

Un documentaire - le très recommandable Better Than Something - est sortit sur l'artiste cette année même. Autant dire que Jay Reatard, c'est déjà de l'histoire.

Trailer du documentaire Better Than Something : Jay Reatard

It Ain't Gonna Save Me

See/Saw

I Know A Place

There Is No Sun

Don't Let Him Comeback (Live)


Ty Segall, petit génie en provenance de San Francisco, semble être le seul successeur crédible à Jay Reatard, depuis la mort tragique de celui-ci. Même tignasse, même boulimie artistique, même hargne dans ses chansons et sur scène. La gaillard est plus Lo-fi que Jay cependant, mais comme lui il fit ses dents dans divers groupes garages et punks locaux avant de se lancer en solo et dévoiler petit à petit son côté pop.
D'avantage garage que punk, on sent que Ty Segall a écouté Sonics, Remains, Them, 13th Floor Elevators et autres vieilleries Nuggets pour s'en inspirer et régurgiter le tout à la jeune génération, qui en redemande.

My Sunshine

Goodbye Bread (Live)

It #1

So Alone


Certainement les plus drôles du lot, les farfelus Black Lips, qui pratiquent, selon leurs propres paroles, du "punk hippie", ont également grandement contribué à maintenir en vie un rock en mal d'authenticité. Complètement déjantés, partant en tournée dans les destinations les plus improbables, le groupe braille et chante faux des mélodies souvent superbes.
Voir les Black Lips en live est une des dernières vraies expériences rock: on ne sait jamais à quoi s'attendre, ils pourraient se battre, casser une guitare ou arriver bourré... Ou bien balancer un concert légendaire et survitaminé. La bande n'a pas grand chose à foutre de quoi que ce soit, mais parvient à produire une musique qui tient miraculeusement debout.

Bad Kids

Family Tree

Katrina

Dirty Hands (Live)


Enfin les Black Keys, souvent comparés aux White Stripes à leurs débuts, ont évolués de manière assez spectaculaire en incorporant à leur formule blues-garage initiale des éléments de soul, de hard ou de punk tout au long d'une discographie impeccable et sans faute de goût aucune. Ils sont les seuls à représenter cette génération auprès du grand public, réussissant l'exploit de polir leur son suffisamment pour le rendre accessible au plus grand nombre, mais pas trop non plus afin de le laisser sale, frimeur et provocateur. Impeccable.

Lonely Boy

Next Girl

I Got Mine

Girl Is On My Mind


Enfin pour finir une mini sélection de quelques groupes et artistes intéressants appartenant plus ou moins à cette même mouvance, avec entre autres l'énormissime King Khan, les géniaux Thee Oh Sees ou les impétueux Strange Boys.
A déguster sans modération.

King Khan & The Shrines - Land Of The Freak

The Strange Boys - Be Brave

Thee Oh Sees - Tidal Wave

Sic Alps - Cement Surfboard

dimanche 22 mai 2011

Sparklehorse

S'il ne devait en rester qu'un, ce serait lui. Sparklehorse, le cheval étincelant. Fantasme musical absolu, énigme, ovni, miracle... Mille idées, mots et souvenirs fourmillent et me sautent à l'esprit quand on évoque ce nom onirique et poétique. Sparklehorse est la grâce permanente, c'est la mélancolie, le souvenir de l'enfance, c'est la fragilité de la nature... Et plein d'autres choses encore. L'imagerie et la musique du groupe constituent, dans mon petit système de valeurs personnel, un sommet inégalé de beauté.

Sparklehorse


Mais derrière Sparklehorse se cache un homme-orchestre visionnaire, l'archétype du génie solitaire, j'ai nommé Mark Linkous. La vie de Linkous est intimement lié à son œuvre, aussi le parcours du monsieur est particulièrement intéressant à retracer, permettant d'éclairer la beauté mystérieuse et énigmatique de la musique de Sparklehorse.

Originaire de Virginie, Linkous grandit dans une région ouvrière où la principale source d'emploi se trouve être l'exploitation minière...
Excédé par l'enfer musical dans lequel il se trouve (country et FM étant les deux seules mamelles auprès desquelles il peut s'abreuver), Linkous forgera très tôt sa différence en se laissant pousser les cheveux, se procurant tout les disques de punk qui lui passeront sous la main, et finissant par rejoindre un groupe de motards ultra-violents, "pire que les Hell's Angels"... Sa vie balancera alors entre épisodes violents et virées en moto, et l'histoire aurait très bien pu s'arrêter là... Si seulement la musique n'était pas devenue sa vocation.

Car dans le même temps, et c'est certainement ce qui le sauvera, il développe un amour profond pour certaines grandes figures du rock alternatif, au premier rang desquelles se trouve Daniel Johnston, Tom Waits ou Guided By Voices.
Tant et si bien qu'au milieu milieu des années 80, Mark part loin de chez lui, à New York, pour former un groupe de rock indé qui gravite dans le même milieu que les futurs membres de Cracker ou Camper Van Beethoven (deux groupes à écouter). La formation s'appelle Dancing Hoods et sonne plutôt bien à vrai dire, s'attirant même les louanges des géniaux Replacement. Malheureusement le succès ne sera jamais vraiment au rendez-vous, et malgré un départ pour la Californie, aucun contrat ne sera signé avec une major... Le groupe décide alors d'un commun accord de se dissoudre.

Dancing Hoods - Torn Away


Linkous n'a dés lors plus aucune illusion et se dit dégoûté par l'industrie musicale en général. La boucle est bouclée quand il décide de retourner d'où il vient en s'installant dans une ferme paisible au cœur des prairies verdoyantes de Virginie. Il suit une cure de désintoxication et reprend plus ou moins goût à la vie. Bien heureusement, il n'arrête pas la musique pour autant. Assagi de ses excès passés, il a tout le temps de se remémorer ses vieux souvenirs, de s'attarder sur les petits détails qui rendent la vie si belle et de ressasser ses éternelles obsessions, le tout en façonnant tranquillement de belles chansons très intimes à la guitare ou au piano (harmonica et orgues faisant aussi partie de son quotidien).

Mark Linkous - Excellentissime reportage en 5 parties!


L'homme a, à ce moment là, perdu tout intérêt commercial ou social dans la production artistique, composant ses chansons uniquement pour leurs beautés intrinsèques, sans aucun souci d'une vision extérieure sur sa musique... "C'est à partir de là que j'ai commencé à écrire de bonnes chansons" confiera-t-il plus tard. Son ancien compère de Dancing Hoods, David Lowery, émerveillé devant la qualité des essais solitaires de son camarade, insistera longtemps auprès de Linkous pour qu'il enregistre son œuvre. Mais il se heurte durant de longues années au refus de Linkous, qui pense alors sincèrement qu'enregistrer ses chansons leurs feraient "perdre leur innocence".
Ses compositions auraient au final très bien pu ne profiter qu'aux oiseaux, araignées et chiens de sa vieille propriété en bois de Virginie. Sa musique, belle et intacte aurait alors retentit pour toujours dans l'espace et le temps, et le monde n'aurait jamais rien su.

Sparklehorse - Babies Of The Sun


Mais à force de persistance et de persévérance, Lowery parviendra à capter l'essence de cette musique à la fois profondément sudiste et campagnarde, mais en même temps raffinée et cultivée, sur un premier album qu'il produira (de manière magistrale) lui-même: Vivadixiesubmarinetransmissionplot.
Un album au nom impossible, évoquant Tom Waits et son Swordfishtrombone, mais qui, s'y on le décompose avec attention, suggère la nature profonde de la musique de Sparklehorse: Viva Dixie Submarine Transmission Plot. Comme un plot de transmission perdu retrouvé au fin fond de l'océan après un naufrage, et qui révélerait un trésor immense, rappelant à la vie une musique d'un autre temps, trafiquée, abîmée après tant de temps et d'épreuves, mais recrachant une musique d'une beauté rêvée et fantasmée. Linkous est tel ce trésor repêché au fond de la mer, bien réel mais resté planqué si longtemps qu'il se serait parfaitement satisfait d'un oubli éternel.

Sparklehorse - Sad & Beautiful World - Ma chanson préférée de tout les temps de l'univers entier...


Sparklehorse - Rainmaker


Sparklehorse - Most Beautiful Widow In Town


La somme de toutes ces expériences, bribes de souvenirs et de mélodies, aboutira dans ce premier jet intemporel : un disque que je continue à considérer comme l'un des meilleurs de tout les temps, tout style confondus... On atteint ici un degré d'émotion, une cohérence, un niveau de production et de facilité mélodique totalement impensable. On est en présence d'une vraie œuvre d'art conçue comme telle, chose assez rare dans le monde du rock. C'est comme si Linkous avait passé des années à peaufiner le moindre détail présent sur ce disque... Rien ne semble être ici par hasard, tout paraît avoir un sens précis...

Sparklehorse - Cow


Sparklehorse - Someday I Will Treat You Good


Sparklehorse - Saturday


Sparklehorse - Heart Of Darkness


Plus concrètement, cet album synthétise à merveille mélodies et expérimentations. Le disque mêle élancées fracassantes et ballades mélancoliques apaisées. Les compositions balancent entre le meilleur de l'indie rock 80's/90's (Pixies, Dinosaur Jr, Sebadoh, Teenage Fanclub...), le folk plus traditionnel (Neil Young...), le rock dit "classique" (Beatles, Beach Boys...), et le tout agrémenté de quelques émanations punk (Hukser Dü, Sex Pistols) et expérimentales (Tom Waits). Voilà pour les influences ressenties.

Mais si cet ovni surgissant de nul part marque tant, c'est aussi par la force d'un univers qui impose une originalité décisive, démarquant le son du groupe de toutes les autres formations rock de l'époque. Sparklehorse est fondamentalement différent, et n'appartient de fait à aucun mouvement ni aucune "scène".
Cette identité si forte et si originale vient en partie de cet équilibre à la fois précaire et totalement cohérent de chansons tour à tour violentes et enragées, puis apaisées et mélancoliques. De la langueur des ballades sous le soleil on passe brutalement à la réalité du bitume, embarqués dans les virées en moto de Linkous. A l'image de la vie et des bons films, la musique présente ici est ambivalente et n'offre jamais une seule vision de l'affaire.

D'un point de vue sonique, la production exceptionnelle de Lowery parvient à faire ressortir magnifiquement la voix fragile de Linkous, qui semble toute proche de nos oreilles et n'hésite pas à chuchoter les plus belles mélodies. Le moindre petit détail, des petits bips électroniques aux grésillements de radios en passant par le vacarme du moteur de la monture de Linkous, tout sonne admirablement...

Quant aux paroles surréalistes de Linkous, qui reprennent toujours les mêmes obsessions, elles sont d'une poésie hallucinée qui rappelle sans cesse les grands auteurs sudistes admirés par le musicien, de Cormac McCarthy à J.T. LeRoy, sources d'inspiration continuelle pour Linkous. Les oiseaux, les chiens, sa Guzzi V7, sa cabane au fond des bois, les araignées, les gâteaux d'anniversaires, les radios et les enregistreurs trafiqués, les carrousels et les manèges, les longues soirée d'été, les vieilles guitares en bois, le whisky, les grandes plaines de West Virginia ou encore les chevaux galopants restant cependant, et de loin, les influences les plus perceptibles sur la musique du cheval étincelant...
Ces éléments semblent envahir les moindres recoins de cette musique, et les différents clips tournés pour des chansons issus des deux premiers albums ne s'y tromperont pas, en représentant à merveille cet univers et participant à forger un mythe tenace (voir les clips de Hammering The Cramps, Someday I Will Treat You Good, Rainmaker, Sunshine, Heart Of Darkness, Babies On The Sun, Saint Mary, etc...).

Sparklehorse - Hammering The Cramps (qualité sonore moyenne)


Sparklehorse - Spirit Ditch


Sparklehorse - Homecoming Queen


Sparklehorse - Gasoline Horseys


On l'aura donc compris, Sparklehorse frappe très fort avec ce premier album monumental. Pourtant le plus étonnant est ce qu'il se passera après.

Alors que Linkous et sa bande récoltent un succès tout relatif après la parution de ce premier album (quelques clips sont réalisés, "Someday I Will Treat You Good" se classe correctement dans les charts indépendants américains), le groupe est invité par Radiohead - des fans - à faire leur première partie dans une grande tournée européenne qui aura lieu en 1996.

Le public Européen est, à cette période là, en pleine Creep-mania, et Sparklehorse est chargé d'ouvrir une série de shows dans des salles immenses et pleines à craquer... Le groupe n'est alors pas du tout préparé pour affronter une telle pression, et c'est face à un auditoire complètement odieux, sourd, aveugle et irrespectueux, préférant beugler plutôt que d'écouter la musique miraculeuse qui leur était jouée, que le timide Mark Linkous est obligé d'exécuter son répertoire chaque soir...
C'est ce même public qui exultera quelques minutes plus tard quand retentiront les premiers accords de l'atroce Creep, sommet absolu de l'horreur rock, longue plainte gémissante et dépressive d'un Thom Yorke s'auto-dénigrant devant une foule de groupies déchaînées à ses pieds... Décidément, ce pauvre monde ne tourne pas rond.

Pour Mark, cette tournée est un vrai calvaire. Il vit très mal l’accueil du public et sombre dans la dépression, la vraie, alcools et drogues diverses aidants...
Cette situation dure un petit moment, jusqu'à une tragique nuit dans un hôtel londonien, au cours de laquelle Linkous fait une overdose d'un cocktail réunissant alcool, valium, héroïne et antidépresseurs. Quand il est retrouvé sur son lit, il est inconscient et ses jambes viennent de passer 14 heures pliés sous le poids de son corps. Le sang ne circulant plus, il fait une attaque cardiaque qui le laissera cliniquement mort pendant plus de deux minutes... Avant de revenir miraculeusement à la vie grâce à une séance électrochocs. Les docteurs pensent alors sérieusement à amputer les deux jambes, et il devra subir des opérations à répétition.
Il réussira finalement à conserver ses membres inférieurs, mais passera plus de 6 mois à l'hôpital puis en chaise roulante. Jusqu'à la fin de sa vie il gardera les séquelles de cet évènement tragique, marchant de manière mal assurée, toujours claudiquant et s'aidant parfois d'une béquille (oui oui, ça va, à la Docteur House).

Cet épisode tragique finira de magnifier la légende Sparklehorse et celle de son leader, Mark Linkous. La légende d'une musique et d'un artiste miraculés... Le destin aurait très bien pu nous priver de la musique de Sparklehorse avant même les débuts du groupe (la vie agitée de Linkous, son refus initial de capter sur bande son art) et de nouveau juste après la parution du premier album.
La vie de Linkous et celle de sa musique semblent donc ne tenir qu'à un fil, et on se sent d'autant plus privilégié de pouvoir entendre son œuvre.

S'il est mal en point physiquement, Mark n'a pas pour autant perdu ses facultés artistiques. Revenu littéralement d'entre les morts, notre miraculé accouchera d'un deuxième album hallucinant: Good Morning Spider. Long disque beau et varié comme le précédent, cette galette se distingue par des violons et des bruits électroniques plus présents que précédemment. Sparklehorse pousse plus loin ce qui avait été fait avant, tout en conservant cette identité si particulière qui a fait son charme. Les accents sont ici plus sombres, pourtant les superbes mélodies aériennes et mélancoliques sont toujours là...

Sparklehorse - Sunshine


Sparklehorse - Saint Mary


Sparklehorse - Pig


Sparklehorse - Sick Of Goodbyes


On entend ici le bruit de la pompe à morphine qui le maintenait envie après son accident, là le son d'un vieille orgue électrique trafiqué qui rappelle Daniel Johnston (dont une superbe reprise, Hey Joe, est présente sur l'album!).
"Les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail" comme qui dirait...

Avec une chanson comme Ghost of His Smile, Sparklehorse préfigure de plusieurs années Grandaddy et invente, dés 1998, comment faire du rock au XXIème siècle...

L’œuvre présentée ici est évidemment encore une fois aboutie et maîtrisée de bout en bout.

Sparklehorse - Junebug


Sparklhorse - Ghost Of His Smile


Sparklehorse - Maria's Little Elbows


Sparklehorse - Chaos Of The Galaxy / Happy Man


Sur l'album suivant, Sparklehorse poursuit son cheminement artistique et cette trajectoire logique qu'il avait entamée avec ses deux essais précédents. Sur sa troisième œuvre d'art, Linkous réagit aux critiques qui traitent sa musique de déprimante et leur livre un album d'une beauté irradiante, sous forme d'offrande - ce bouquet de fleurs de la pochette - accompagné de ce titre définitif: It's A Wonderful Life.
Musicalement, Linkous s'est ouvert au monde et a réussit à prendre son courage à deux mains pour inviter son idole, Tom Waits, à chanter sur le titre Dog Door. PJ Harvey, Nina Persson ou Vic Chesnutt (autre génie méconnu d'ailleurs) sont également de la fête, et le résultat est aussi impressionnant que sur les disques précédents. Sparklehorse a encore évolué pourtant: les violons, beaux et grinçants, omniprésents sur l'album, doivent suivre les visions de Linkous qui leur ordonne de jouer "comme ceux de l'orchestre du Titanic, qui continuaient à jouer alors que le paquebot s'enfonçait dans les eaux glaciales de l'Atlantique Nord".
L'aspect électronique est également plus présent, ainsi que les harmonies vocales divines. Notre homme daigne de moins en moins chanter à pleine voix, et préfère laisser la paroles aux autres, trafiquer sa voix ou chuchoter sur des compositions de plus en plus lentes et intimistes...

Sparklehorse - It's A Wonderful Life


Sparklehorse - Little Fat Baby


Sparklehorse - Apple Bed


Sparklehorse - Sea Of Teeth


Il s'agit là certainement de l'album le moins "commercial" de la discographie du groupe, et c'est pourtant celui qui restera le plus célèbre après coup. Le disque est à vrai dire souvent très noir et assez désespérant... D'une beauté désespérante, mais aussi d'une tristesse et d'un mal-être profond.
La douleur n'est plus ensoleillé comme avant. Elle ici enveloppée d'une brume épaisse et semble désormais sans issue ni espoir.
Après cet album, Linkous va plonger dans une profonde dépression qui l'éloignera du monde de la musique pour pas moins de 5 ans, ses amis les plus chers "mourant les uns après les autres" à cette période de sa vie, comme il le confessera plus tard... Et cinq ans, c'est long dans le monde de la musique.

Sparklehorse (& PJ Harvey) - Piano Fire


Sparklehorse (& Nina Persson) - Gold Day


Sparklehorse - More Yellow Birds


Sparklehorse - Comfort Me


Après It's A Wonderful Life, Linkous est donc au fond du trou, et ne trouve plus la force, ni le goût pour la vie, celui qui nous pousse à se lever le matin. De cette tristesse infinie résultera des chansons comme Return To Me, présentes sur le 4ème et dernier vrai album à part entière de Sparklehorse. L'album s'appelle Dreamt For Light Years In the Belly Of A Mountain et parait (finalement!) en 2006.

Les chansons ralenties et déprimées sont, comme d'habitude, associées à des compositions entraînantes et mélodiques, aux refrains évoquant la plus belle pop des 60's... Et puis toujours ce souci infernal du détail qui rendent ces 4 albums d'une richesse et d'une beauté qu'on ne cessera jamais de redécouvrir.

Sparklehorse - Return To Me


Sparklehorse - Some Sweet Day


Sparklehorse - Please Don't Take My Sunshine Away


Sparklehorse - Knives Of Summertime


De la langueur de Morning Hollow on navigue à la pop sidérante (et très Beatlessienne) de Some Sweet Day, comme si de rien n'était...
En fait Sparklehorse continue à faire du Sparklehorse, et on ne remerciera jamais assez le Seigneur pour cette galette, alors qu'après 5 ans d'attente tout semblait finit. Une fois encore, Linkous parvient à s'extirper des profondeurs de l'enfer pour nous raconter ses peines, ses blessures et ses joies avec une émotion pudique, parée de mille voiles.

Jamais plus on entendra musique si belle.

Sparklehorse - Morning Hollow


Sparklehorse - See The Light


Sparklehorse - It's Not So Hard


Sparklehorse - Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain


Suite à ce retour, un disque en collaboration avec Danger Mouse et David Lynch verra le jour. Mais trop a déjà été dit sur ce projet dans la presse, aussi je préfère passer sous silence cet épisode qui finira de me faire haïr les majors et tout spécialement ces enfoirés de chez EMI.


L'épilogue de l'histoire a lieu un après-midi d'avril (le 6 avril 2010 pour être précis) à Knoxville, Tennessee. Linkous se réfugie à l'extérieur de la maison d'un de ses amis, où il résidait alors temporairement. Il connait alors de sérieux "problèmes familiaux et conjugaux". Toujours avec son revolver sur lui, Linkous sort alors son flingue, le dirige contre sa poitrine et se tire une balle en plein coeur. Quand les secours arrivent, Linkous est déclaré mort. Il ne laisse aucune note pour expliquer son geste.

Cette nouvelle m'a évidemment bouleversé plus qu'aucune autre. Comme l'impression de perdre un ami très proche que je n'aurais jamais eu l'occasion de rencontrer. Comme un puissant sentiment d'abandon, de colère et de tristesse qui prend à la gorge. En se suicidant, Linkous a laissé tomber tout ceux pour qui sa musique comptait réellement dans leurs vies. Et puis en même temps, il est simplement impossible de sincèrement lui en vouloir...

La veille de sa mort, lors d'une belle après-midi ensoleillée, j'avais joué Sad & Beautiful World à un ami à la guitare. Il a dit que c'était "très beau". Je lui ai rétorqué que c'était ma chanson préférée, et qu'un jour j'irai aux Etats-Unis s'il le faut pour voir Mark Linkous la jouer.
Le lendemain, l'âme de Sparklehorse n'était plus.

"There's a heaven and there's a star for you".

vendredi 6 mai 2011

Surf music is back!

On osait plus y croire, et pourtant depuis 2008, une flopée de groupes venus tout droit de Californie ne cessent de l'affirmer : le surf est de retour!
Au sein de ce revival surf il y a une richesse et une diversité assez impressionnante à vrai dire : des groupes sont très axés songwriting pop (Girls, The Morning Benders,...), certains sont plus tournés girls groups 60's et shoegaze (Best Coast, Dum Dum Girls, Vivian Girls), pour d'autres c'est le rock garage Lo-Fi (Ty Segall, The Black Lips, King Khan, le précurseur Jay Reatard,...), il y en a c'est la twee-pop (The Pains Of Being Pure At Heart) enfin d'autres encore préfèrent l'indie rock 80's et 90's (Wavves, Yuck,...).

Mais tout ces groupes ont en commun un amour invétéré pour le mythe Californien, les plages, le soleil, le surf,... Remettant au goût du jour des thèmes au centre des chansons de groupes d'il y a 50 ans. Les Beach Boys chantaient avec entrain les joies du surf et les amourettes futiles avec un sens de la mélodie inné, ces groupes là, à leur niveau, font de même.
Et puis on avait plus eu un rock aussi cool et détendu depuis les bons vieux Dinosaur Jr, Pavement, Sebadoh, Teenage Fanclub qui nous auront longtemps manqué et dont l'héritage est loin d'assombrir la brillante génération actuelle. Ces groupes savent user de leurs influences avec modération et bon goût, modernisant le propos avec des productions plus au goût du jour.

Brève présentation des groupes les plus excitants du mouvement.

Best Coast

Betthany Constantino et son Best Coast sont peut-être ceux qui ont signés, avec leur Crazy For You, le disque ultime ultime de ce revival surf. Poussant au paroxysme la simplification des paroles et des mélodies, Best Coast ne produit ni plus ni moins qu'un manifeste générationnel enthousiasmant, remplit de mélodies inoubliables toujours au service de l'émotion la plus brute, la plus simple et donc la plus forte.

Il n'y a qu'à écouter Sun Was High (So Was I) pour se dire qu'il y a définitivement du génie chez la dame Constantino: sur deux accords, pas plus, et un refrain scandé tout le long de la chanson ("I thought of you"), Best Coast parvient à émouvoir plus que de raison, reléguant très loin les autres productions de l'année. Un internaute éclairé a eu l'idée brillante de coupler la chanson à des scènes du film Un Homme Une Femme de Lelouch... Le résultat divin est ci-dessous:

Best Coast - Sun Was High


Avec des compositions tour à tour mélancoliques, lumineuses, ensoleillées et insouciantes, Best Coast donne une impression de facilité assez déconcertante, comme si les mélodies envoyées à la face de l'auditeur existaient depuis toujours et qu'il aurait suffit de les ramasser...

Les autres chansons inoubliables de Best Coast:

Best Coast - Boyfriend


Best Coast - When I'm With You


Best Coast - Crazy For You


Best Coast - Our Deal



Wavves

Nathan Williams, le jeune fumeur de joint à la tête de Wavves, se trouve être le petit copain de Bethany Constantino, la leader de Best Coast... Pas étonnant quand on voit leur goût commun pour la plage, la junk food, la Californie, les cartoons, les chats et la fumette...
Au final ces deux tourtereaux sont sans doutes les plus grands espoirs du rock indépendant tendance mélodique et saturé d'aujourd'hui. Ça peut sembler inquiétant dit comme ça, mais en même temps on se rappelle qu'il fut un temps bénie où les plus hauts espoirs de l'indie rock étaient placés dans les glandeurs magnifiques de chez Pavement ou Dinosaur Jr, alors bon...

La musique de Wavves est authentique et le mode opératoire n'est pas sans rappeler Dan Johnston: ses deux premiers albums auto-produits ont été enregistrés dans le garage familial.

Dès le deuxième album, Wavvves avec 3 "v", le groupe (ou plutôt Nathan Williams) pondait déjà quelques unes des meilleures chansons de la fin de décennie, comme la sublime, distordue et désespérée No Hope Kids, ou l'hymne adolescent So Bored... Rares sont les groupes aussi bruyants à accoucher de chansons aussi belles et touchantes. Derrière tout ce bruit il y a en fait une émotion brute, des mélodies sublimes et des paroles profondément honnêtes... A écouter avec attention:

Wavves - No Hope Kids


Wavves - So Bored


Wavves - So Bored (Acoustic)


Wavves - To The Dregs


Sur le dernier album en date, King Of The Beach, Wavves a décidé de lâcher du lest sur le côté ultra Lo-Fi afin de produire en studio un son un plus poli et plus acceptable aux oreilles non averties. La qualité des mélodies n'en pâtit pas pour autant:

Wavves - King Of The Beach


Wavves - Post Acid


Wavves - Green Eyes



Les "présentations" de Ty Segall, Jay Reatard, Girls, Pains Of Being Pure At Heart, Morning Benders et Yuck à venir... Petite sélection en attendant:

Ty Segall - My Sunshine


The Pains Of Being Pure At Heart - Young Adult Friction


Jay Reatard - It Ain't Gonna Save Me


Yuck - Georgia


Girls - Lust For Life


Girls - Hellhole Ratrace


The Morning Benders - Excuses


Yuck - Rubber


Jay Reatard - See/Saw


The Pains Of Being Pure At Heart - Belong

mercredi 4 mai 2011

Bright Eyes

Aujourd'hui un des songwriters les plus tristes et les plus doués de ces 10 dernières années. Actif depuis l'âge de 13ans(!), le petit génie Conor Oberst publie dans son adolescence d'innombrables disques sous divers noms (le principal devenant Bright Eyes) et se forge une réputation de chanteur et de compositeur dépressif, le tremolo exagéré, flirtant avec l'"émo", hurlant son désespoir sur des compositons très lo-fi...
Quelques unes de ses meilleures chansons de ses très jeunes années seront compilées sur l'album "A Collection Of Songs Written And Recorded 1995 - 1997".

Comme on pouvait s'en douter, le garçon n'est pas allé très loin comme ça, même s'il aura signé quelques très bonnes et honnêtes chansons (Saturday As Usual, Lila etc...)

Bright Eyes - Saturday As Usual


Bright Eyes - Lila


En 1998 et 2000, Oberst publie deux albums très sombres et assez oppressants, Letting Of The Happiness et Fevers And Mirrors, qui contiennent chacuns leurs lots de très bonnes chansons, Fevers étant quand même largement meilleur.

Brigh Eyes - If Winter Ends


Bright Eyes - An Attempt To Tip The Scales


Mais c'est avec Lifted qu'il livre son premier recueil de très haut niveau. Le son est encore très lo-fi, l'emphase dans le désespoir très présente, mais il y a ici une diversité de chansons qui nous laisse respirer et nous permet d'apprécier pleinement des complaintes comme Waste of Paint, aux paroles terribles ou la très très personnelle You Will. You? Will. On a rarement atteint de tels sommets d'émotion...

Bright Eyes - You Will. You? Will. You? Will.


Bright Eyes - Waste Of Paint (Live) (La version live est meilleure)


Alors qu'on pensait qu'Oberst avait atteint le sommet de son art avec Lifted, il dépasse en fait largement cet album avec le suivant, I'm Wide Awake, It's Morning, bien plus apaisé et mieux enregistré que ses précédents. Un album que j'ai écouté des milliers de fois à vrai dire...
Oberst s'inscrit ici dans la grande tradition des songwriters folk américains, Bob Dylan, Neil Young, Nick Drake, Will Oldham, Elliott Smith,... Les mélodies sont hallucinantes tout au long du disque qui ne compte pas une fausse à note. Les paroles sortent de l'intimité pour s'ouvrir au monde et parler de la guerre, de la révolution, se faisant militantes sur certaines compositions. Le niveau d'écriture est tout simplement magistral.
Du coup je ne peux pas faire autrement que de mettre les vidéos de 7 morceaux de cet album qui a tellement compté pour moi...

Bright Eyes - At The Bottom Of Everything


Bright Eyes - First Day Of My Life


Bright Eyes - Lua


Brigh Eyes - We Are Nowhere And It's Now


Bright Eyes - Landlocked Blues


Bright Eyes - Poison Oak


Bright Eyes - Road To Joy


Cependant le véritable exploit est d'avoir publié en même temps qu'I'm Wide Awake un autre disque totalement délectable mais dans un style diamétralement opposé. Là où le classicisme d'I'm Wide Awake reposait sur des guitares acoustiques, A Digital Ash In A Digital Urn se base avant tout sur des synthétiseurs!
Il en résulte un album assez sombre, plus proche des Cure ou de New Order cette fois, dont on redécouvre la richesse à chaque écoute. Il y a quelque chose de fascinant dans cette galette, un goût de reviens-y...
Et encore la virtuosité de l'écriture sur la désespérante Easy/Lucky/Free:

Bright Eyes - Easy/Lucky/Free


Suite à ce coup de maître on se demandait bien ce que pouvait faire Conor Oberst... La réponse est un autre disque hallucinant de beauté. Continuant sa trajectoire artistique, Cassadega peut compter sur un son sublime, poli, aidé de violons soyeux et de choeurs biens sentis sur de nombreux titres. Les arrangements touchent au divin sur cet album à vrai dire, le son est proche de l'orgasme auditif, alors qu'il était si Lo-Fi 5 ans auparavant... Cassadega est un voyage, un rêve, une expériece mystique...
C'est peut-être moins personnel qu'I'm Wide Awake, It's Morning, qui aura toujours une place particulière dans mon coeur, mais on est néanmoins en présence d'une oeuvre d'une beauté renversante.

Avec Four Winds, tout violons dehors, jamais on aura entendue une si belle attaque contre la religion... Les paroles sont salvatrices, enfin quelqu'un qui ose dire les choses!
"Your class, your caste, your country, sect, your name or your tribe, there's people always dying trying to keep them alive. (...) The Bible is blind, The Torah is deaf, the Coran is mute, if you burn them all together you'd be close to the truth!"

Bright Eyes - Four Winds


Bright Eyes - I Must Belong Somewhere


Bright Eyes - No One Would Riot For Less


Bright Eyes - Lime Tree

samedi 23 avril 2011

Daniel Johnston

Daniel Johnston est quelqu'un de très à part dans le monde de la musique. Aussi quand la presse en parle, c'est souvent par le mauvais côté qu'elle commence...

Des articles empressés s'attardent en effet avant tout sur la liste des fans du bonhomme. Pas toujours très intéressant, mais utilisé par ces journalistes comme un gage de qualité pour un artiste qui ne convainc pas toujours l'auditeur lambda dès la première écoute.
Alors on va se prêter au jeu quand même: Tom Waits, David Bowie, Kurt Cobain, Eddie Vedder, Sonic Youth, Eels, Jeffrey Lewis, Bright Eyes, Sparklehorse, Beck, Flaming Lips, Mercury Rev, Yo La Tengo, M. Ward, Wilco, Noah & The Whale, Karen O, Kramer, Jad Fair, Butthole Surfers, Spiritualized, Matt Groening,... Tous ont repris des chansons de l'artiste où l'ont soutenu à un moment ou un autre. Le coup de pouce le plus connu étant celui du T-shirt représentant la pochette de l'album de Johnston Hi How Are You porté par Cobain à maintes reprises (aux MTV Awards notamment, à des séances photo)...

D'autres parlent avant tout de ses troubles mentaux. Déjà plus pertinent puisque ses problèmes psychiatriques renforceront sa vocation artistique et influenceront son œuvre, sa trajectoire et sa carrière de manière déterminante. Johnston est atteint du syndrome bipolaire (on dit maniaco-dépressif aussi), maladie ayant pour symptômes des passages brusques d'états euphoriques à de profondes crises dépressives, comme si toutes les émotions étaient multipliées par cent. Plus tard dans sa carrière la maladie lui vaudra des crises de démences, des délires obsessionnels, un internement pendant 2 ans en hôpital psychiatrique et le plantage d'une carrière qui sans ça aurait pu être bien plus réussie, eut égard à son génie.

Cependant la maladie n'est pas la première chose qui devrait venir à l'esprit quand on pense à Daniel Johnston... Ce qui marque avant tout, ce dont ces journalistes de pacotille oublient souvent de parler, ce qui fait la singularité de Daniel Johnston, son unicité, c'est surtout et avant tout sa MUSIQUE.

Une musique qui sort d'une chambre d'ado isolé, d'un garage au fin fond du Texas et qui miraculeusement nous transperce le cœur d'émotion et de sincérité. Avec cette voix suraiguë de gamin hystérique, Johnston parle à notre âme perdue, nous rassurant et nous disant "tu n'es pas seul", nous laissant orphelin de tout cynisme.

Les enregistrements sont souvent de qualité discutable, Johnston devant faire avec les moyens disponibles, mais si on parvient à aller au-delà il y a une mine d'or, un véritable catalogue de mélodies magnifiques et d'émotions attrapées en vol. La proximité de sa musique en a gêné plus d'un... C'en est trop pour certains. Johnston se livre le plus honnêtement du monde, pleure sur scène en interprétant ses chansons, crie sa dépression... On avait jamais rien vu de plus brut et de plus direct. Une intimité totale est alors de mise entre l'artiste et l'auditeur.

Ce n'est pas pour rien que les mouvements DIY (Do It Yourself), Lo-Fi (Low Fidelity) et Anti-Folk voient en Johnston une sorte de figure tutélaire. L'argument que développent ces gens étant que Daniel Johnston est l'exemple même du "tout le monde peut le faire". Rien de plus nauséabond et de plus faux à mon humble avis. Tout le monde peut le faire, certes, mais pas au niveau de Johnston.
Qui peut en effet se targuer de retranscrire si fidèlement les émotions les plus pures du cœur en une musique aussi belle et mélodique que celle de Daniel Johnston? Hé bien c'est simple: personne. Absolument personne.
Cependant, il a donné envie à de nombreuses personnes de se lancer, de jouer de la guitare et de chanter en même temps, même si elles le faisaient très mal... Comme un besoin vital d'exprimer ce qu'on arrivait pas à dire normalement.

Me concernant je découvrais Daniel Johnston avec la vidéo qui suit il y a de ça quelques années déjà... Un choc monstrueux pour moi, un tournant dans ma vie. En voyant ce type gratter 3 accords, raconter son histoire et réussir à être aussi émotionnellement puissant, je me suis dit qu'il y avait enfin quelque chose à faire. Ni une ni deux j'empoignais ma guitare et essayais de faire comme lui, chantant des I Live My Broken Dreams désespérés dans ma chambre. La 1ère chanson que j'ai réussit à reprendre correctement... et encore et toujours une des plus belles.

Daniel Johnston - I Live My Broken Dreams (Live MTV Cutting Edge)

"My hopes lay shattered, like a mirror on the floor, I see myself and I look really… Scattered.
But I live my broken dreams."



Ce live est en fait mythique, ce que j'ignorais bien entendu à l'époque. L'émission de MTV, The Cutting Edge, traversait dans les années 80 les États-Unis à la recherche d'artistes originaux et représentatifs de scènes et de mouvements locaux. Daniel Johnston, figure bien connue à Austin, réussit à taper l'incruste avec les directeurs de l'émission de passage dans sa ville. Il se retrouve alors propulsé devant les caméras de MTV, un évènement déterminant dans sa vie dont il parlera souvent dans ses chansons.
Mais pour les chanceux qui tombèrent sur ce live et comprirent ce qu'ils entendaient, ce fut une révélation divine.

Si on veut cependant se recentrer sur Johnston et sa vie, son parcours artistique avait commencé bien avant The Cutting Edge. Depuis 1980 il enregistrait avec un piano et un magnéto 4 pistes ses premiers chefs-d’œuvre.
Dès sa première cassette, Songs Of Pain, enregistrée en 1980 donc, les pépites intemporelles d'émotions sont présentes en nombres. Pour s'évader de sa famille de chrétiens fondamentalistes psycho-rigides et de sa mère qui n'a de cesse de le réprimander en le traitant de grosse feignasse bonne à rien, Daniel Johnston chante ses malheurs, ses espoirs et désespoirs, son amour infinie pour une certaine Laurie, qui restera à jamais platonique...
A l'époque la maladie ne s'est pas encore révélée au grand jour et Johnston réussit à vivre à peu près normalement. Mais la maturité des émotions qu'il fait passer, couplé à l'aspect enfantin de sa voix et des mélodies faciles aboutissent à un résultat absolument unique:

Daniel Johnston - Grievances

"I said "Hey wait a minute, can we slow down a bit?" And I almost got hit by a truck… Well it just goes to show you that we're all on our own, scrounging for your own share of good luck. Stab your brother in the back and pick up your paycheck"



Daniel Johnston - Hate Song



Daniel Johnston - Living Life

"How can I help but being restless when everything seems so tasteless?... And all the colors seems to have fade away…"



Daniel Johnston - Like A Monkey In A Zoo

"The days go so slow... I don't have no friends... Except all these people who want me to do tricks for them, like a monkey in a zoo. (...)
I know its my fault, but I want out. And when I cry out, nobody seems to understand, like a monkey in a zoo. (...)
I used to be happy, I can remember those days... But I sold my freedom for a free room and board, like a monkey in a zoo."



Les paroles sont bien entendues à écouter avec attention...

En 1982, alors que sa maladie commence à s'accentuer et à le marginaliser de plus en plus, Daniel enregistre Don't Be Scared et The What of Whom (le premier étant légèrement meilleur), autres sommets absolus d'émotion et de tristesse. Les chefs-d’œuvre sont encore une fois légion...
En effet, serait-il illégitime de déclarer My Yoke Is Heavy chanson la plus déprimante de tout les temps? Pas tant que ça...
Et là encore les paroles sont tellement justes... Ecouter The Story Of An Artist c'est comprendre la condition artistique de Johnston, et se dire que la notion d'artiste maudit est loin d'être réservée aux poètes romantiques du XIXème siècle...

Daniel Johnston - My Yoke Is Heavy (sur Don't Be Scared)

"Sometimes I climb high up in a tree, to let the wind blow in my face. Sometimes I leave my cares, lying in piles…
Somewhat disturbing is the sound of birds singing, when you know you don't deserve it… You're not here today and I feel just like an empty egg shell.
And, my yoke is heavy. My yoke is heavy. My voice is a little horse, galloping lost to the woods."



Daniel Johnston - The Sun Shines Down On Me (sur Don't Be Scared)



Daniel Johnston - I Had Lost My Mind (sur Don't Be Scared)



Daniel Johnston - The Story Of An Artist (sur Don't Be Scared)

"Everyone, and friends and family, saying, "Hey! Get a job!", "Why do you only do that only? Why are you so odd? We don't really like what you do, we don't think anyone ever will. It's a problem that you have, and this problem's made you ill.""



Daniel Johnston - Peek-A-Boo (sur The What of Whom)

"When I'm down, really down, nothin' matters. Nothin' does. I close my eyes, go to sleep, But I can't sleep, I can't sleep.
Please hear my cry for help, and save me from myself. (...)
You can listen to these songs, have a good time and walk away. But for me it's not that easy, I have to live these songs forever.
Please hear my cry for help, and save me from myself."



Daniel Johnston - To Go Home (sur The What of Whom)

"Hopes and golden dreams leave everything empty in the end."




C'est là que vous vous dites: mais combien a-t-il encore de mélodies comme ça en réserve??? La réponse est: des centaines.
C'est que Daniel Johnston dessine et enregistre en permanence, pris de pulsions créatrices incontrôlables. C'est par centaines qu'il enregistre ses chansons... De nombreux albums ont d'ailleurs été considérés comme perdus pendant des années, puis retrouvés (certains sous le lit de Johnston!), d'autres ont été détruits par leur auteur dans ses crises dépressives, tandis qu'enfin de nombreux autres réapparaissent ces jours-ci miraculeusement...
Un détail qui donne une idée du travail réalisé par Johnston: il distribuait lui-même ses cassettes (dont il réalisait les pochettes) dans la rue gratuitement à qui voulait... Et ne connaissant pas le système pour copier ses enregistrements, chaque cassette était unique, réenregistrant ses chansons sur demande. Nul besoin de vous dire que ces cassettes se vendent une fortune sur ebay ces jours-ci...

Et alors que Laurie est plus innaccessible que jamais, c'est toujours l'Amour avec un grand A qui est le thème récurrent des chansons de l'artiste. Daniel Johnston croit et a foi en l'Amour, le vrai, celui qui donne un sens à la vie. Ça peut faire neuneu, vieux jeu ou à l'eau de rose, mais c'est ainsi et c'est tant mieux.

En 1983, viré de la fac et envoyé chez son frère au Texas par ses parents, Daniel est du coup dépossédé du piano familial sur lequel il avait composé ses œuvres.
Il va y remédier en faisant l'acquisition d'un chord organ, sorte de mini orgue électrique qui permet de jouer à la fois sur un clavier et sur une série de boutons d'accords. Le musicien peut alors jouer la mélodie de la main droite et s'accompagner avec les accords de la main gauche. Et Dan Johnston tape tellement fort sur les touches qu'il donne l'impression d'être également accompagné par des percussions. En résumé il produit avec un espèce de jouet 3 sons d'un coup et invente par la même occasion une nouvelle manière de jouer de cet instrument singulier, dont il va user et abuser dans son nouvel album souvent pour le meilleur, la chose produisant un son et des mélodies assez sublimes.

Changement d'instrument donc mais pas de songwriting pour Yip/Jump Music, sortit à l'origine en 1983. Toujours des mélodies et des chansons sublimes. La cassette est classée 35ème dans la liste des meilleurs albums de tout les temps de Kurt Cobain pour la petite histoire.

Daniel Johnston - Museum Of Love



Daniel Johnston - Chord Organ Blues (la qualité du son n'est pas géniale, mais c'est la seule vidéo dispo pour cette chanson)



Daniel Johnston - Don't Let The Sun Go Down On Your Grievances



Daniel Johnston - Worried Shoes

"I made a mistake and I never forgot, I tied knots in the laces of my worried shoes. And with every step that I'd take I'd remember my mistake, as I marched further and further away in my worried shoes. (...)
And then one day I looked around and I found the sun shining down. And I took off my worried shoes. And the feet broke free, I didn't need to wear.
Then I knew the difference between worrying and caring. 'Cause I've got a lot of walking to do, and I don't want to wear my worried shoes."



La condition mentale de Johnston va alors en se dégradant, et dans les temps qui suivent il va fuguer et embarquer avec le cirque local d'Astroworld.
C'est aussi dans les années qui suivent qu'il prendra de l'acide avec les Butthole Surfers, passera sur MTV, se fera arrêté par la police pour avoir chanter Running Water dans une rivière aux petites heures du matin, et deviendra de plus en plus déprimé, parano et obsédé par le Démon...
Pour avoir une meilleure compréhension de sa vie totalement rocambolesque et bouleversante, un film biographique est fortement recommandé (il a gagné le titre de meilleur docu au festival du film indépendant de Sundance): The Devil And Daniel Johnston.

Voici la bande annonce:



Mais aussi étonnant que cela puisse paraitre, cette période trouble de sa vie n'altérera en rien son talent.

La cassette Hi, How Are You sort d'ailleurs la même année que Yip/Jump Music (1983) et contient elle aussi des classiques qui resteront dans le mémoires, tel que la sublimissime (et indépassable?) Walking The Cow. Pas forcément la meilleure cassette de Johnston, mais assurément la plus connue.
Quant à la pochette, elle représente Jeremiah (dit the Frog of Innocence), personnage créé par Johnston et qui est son alter-ego imaginaire.

Daniel Johnston - Walking The Cow

"Trying to remember, but my feelings can’t know for sure.
Try to reach ou
t... But it’s gone... (...)
I really don’t know how I came here...
I really don’t know why I’m stayin’ here... (...)

I really don’t know what I have to fear...
I really don’t know why I have to care...
Oh oh oh oh... I am walking the cow.
Lucky stars, in your eyes..."



Daniel Johnston - Hey Joe (Live) (version studio introuvable sur youtube!)

"There's a heaven, and there's a star for you."



Daniel Johnston - Big Business Monkey

"Big business monkey, nothing's funny. Big business monkey, everything's money. (...)
Everything you do will be forgot."



En 1984 sort Retired Boxer, mini-album contenant la première version de True Love Will Find You In The End. Puis en 1985 vient Respect, une excellente cassette sur laquelle il se met à la guitare pour des chansons admirables aux charmes romantiques désarmants:

Daniel Johnston - Go

"To understand and be understood is to be free. (...)
Life's a bowl of cherries, you can have as many as you can carry."



Daniel Johnston - Good Morning You



C'est sur Continued Story, publié en 1985, que Daniel Johnston pour la première fois inclue d'autres personnes que lui dans le processus artistique et se positionne donc en leader de "groupe". Il en découle un son plus sage et une musique qu'on sent moins personnelle. Pour autant les chansons sont bien entendues au rendez-vous, comme en témoigne par exemple la fascinante It's Over:

Daniel Johnston - It's Over

"It's over, it's over, no tears to cry, no reason why. It's over, it's over no tears to cry, no sun to shine."



Daniel Johnston - A Walk In The Wind



Après des années de flottements et d'incertitudes sur l'avenir artistique de Johnston, du fait d'un état de santé mentale au plus bas (de 1895 à 1990 en gros), c'est finalement Kramer qui parvient à mettre en boîte un des meilleures et des plus accessibles disques de Daniel Johnston: 1990.
Le mythique producteur New-Yorkais produit en effet à la perfection les quelques morceaux qu'il parvient à faire enregistrer correctement à l'artiste en studio, dans un style très dépouillé.
Les autres chansons du disque sont des enregistrements live d'un Daniel Johnston totalement habité lors de petits concerts chez des disquaires organisés par ses nouveaux amis de Sonic Youth. Suppliant le public de prier avec lui, hurlant à un public médusé de "sortir Satan de leur vie", Daniel Johnston est totalement hors de contrôle... On entend les rires gênés de l'assistance quand celui-ci chante la sombre et desespérée Funeral Home en demandant à la foule de reprendre en cœur ces paroles...: "Funeral home, funeral home, going to the funeral home... Got me a coffin shiny and black, I'm going to the funeral home and I'm never coming back!"

Daniel Johnston - True Love Will Find You In The End

"True love will find you in the end, you'll find out who was your friend. Don't be sad I know you will… But don't give up until true love finds/will find you in the end.
This is a promise with a catch: only if you're looking, can it find you.
'Cause true love is searching too, but how can it recognize you unless you step out into the light, the light?
Don't be sad, I know you will… But don't give up until true love will find you in the end."



Daniel Johnston - Some Things Last A Long Time

"Your picture is still on my wall, on my wall... The colors are bright, bright as ever... (...)
Some things last a long time. (...)
Time come and goes all the while... I still think of you. Some things last a long time. (...)
The things we did... I can't forget. Some things last a long time..."



Daniel Johnston - Funeral Home

"Funeral home, funeral home... Going to the funeral home... Got me a coffin shiny and black, I'm going to the funeral and I'm never coming back!"



Daniel Johnston - Devil Town



Daniel Johnston - Held The Hand



Juste après ces quelques concerts, les Sonic Youth se voient obligés de renvoyer l'artiste chez ses parents, Johnston ayant notamment été arrêté pour vandalisme après avoir dessiné le symbole de l'infini (une sorte de poisson, un symbole chrétien) partout sur la Statue de la Liberté afin de l'exorciser...

De retour en Virginie, les frasques se multiplient et Johnston est envoyé en hôpital psychiatrique où il restera plus de deux ans enfermé... Il en ressortira obése, tremblant, abruti par des tonnes de médicaments et très affaibli.

En 1994 sort tout de même son 1er album sur une major, Fun, qui sera un échec commercial retentissant, malgré encore une fois de très belles chansons:

Daniel Johnston - Life In Vain (Live) (pas de version studio trouvable sur youtube)

"Don't wanna be free of hope. (...)
It's so tough just to be alive. (...)
I'm giving it up so plain, I'm living my life in vain... And where am I going to? I got to really try, try so hard to get by... And where am I going to? (...)
Flip on your TV, and try to make sense out of that. If we were all in a movie, maybe we wouldn't be so bored... (...)
Goodbye! Goodbye!"



Daniel Johnston - Lousy Weekend



De nombreux albums ont suivis, assez irréguliers mais contenant chacun leurs lots d'excellentes chansons. Alors d'accord, il n'y a plus ce "truc" d'avant, mais ses efforts sont hautement respectables. Aujourd'hui le bonhomme fait 20 ans de plus que son âge, tremble, bégaye, oublie les paroles de ses chansons et pour être honnête a l'air assez mal en point. Mais malgré tout cela il continue encore et toujours à jouer, à composer et à dessiner ses comic books.
Un vrai artiste ne meurt jamais.

samedi 16 avril 2011

Indie Rock 80's - 90's : Dinosaur Jr, Sebadoh & Co

La scène rock indépendante américaine des années 80-90 a souvent été oubliée des habituelles "encyclopédies" rock, résumant tout ces formidables groupes à une sorte d'avant-grunge peu glorieux. Rassurez-vous, votre serviteur n'en fera certainement pas autant!!!

Ce qui a souvent été à la base du malentendu, ce sont les charts: il n'y a qu'à voir qui est au sommet à la fin des années 80... Alors que les Beatles ou les Stones réunissaient en leurs temps succès critique et commercial, les meilleurs rejetons rock'n'roll de l'époque eux n'avaient "que" les louanges des rock-critics avertis et l'admiration éternelle d'une partie de la jeunesse underground.

Le peuple veut des exemples! Prenez donc les Pixies. A la fin des années 80 ils ont encore un statut de quasi-inconnu dans leur pays natal...
C'était pourtant le moment où ils publiaient des choses majeures comme Surfer Rosa ou Doolittle, des albums considérés aujourd'hui comme mythiques, fondateurs, que dis-je, légendaires ou même divins... Et bien le chiffre des ventes, lui, ne décollait pas tant que ça: les abominables Guns'n'Roses ou Metallica récoltaient infiniment plus par exemple.

Il y avait pourtant, tant chez les Pixies que chez Dinosaur Jr, Teenage Fanclub (les seuls Anglais du lot), Pavement ou Sebadoh des mélodies formidables à revendre. Peu de compromission avec les stations FM, certes, mais de beaux refrains à siffloter au soleil quand même.

Le côté relax et cool de cette scène n'a pas pris une ride; l'image de slacker (ou "glandeur" en français), incarné par J Mascis de Dinosaur Jr ou Stephen Malkmus de Pavement faisant toujours autant d'émules aujourd'hui. C'est d'ailleurs avec un plaisir non dissimulé qu'on a accueillit récemment tout les fils spirituels de ces groupes, de Wavves à Best Coast en passant par Girls, des fumeurs de joints fainéant éructant par miracle de sublimes mélodies.


Petite présentation de quelques forces en présence:


Dinosaur Jr


Formé dès 1984, Dinosaur Jr fait partit des pionniers les plus jouissifs de l'indie rock américain.

Revendiquant haut et fort l'influence de la scène punk et hardcore sur leur son (Minor Threat, Black Flag,...), Dinosaur Jr intègre en même temps une part non négligeable d'éléments "classic rock" dans leur musique, comme les solos de guitares à rallonge mais toujours pleins d'amour de Mascis, ainsi que des mélodies cristallines jouées dans une structure on ne peut plus classique (couplet-refrain-couplet-refrain, qui dit mieux?).
Allier le mur de son, la violence et la distorsion du punk hardcore aux mélodies lumineuses tendance pop années 60... L'idée à l'air toute bête comme ça! Pourtant nos dinosaures sont biens parmi les premiers (avec Hüsker Dü certainement) à le faire avec tant de brio.

On connait l'histoire d'un Thurston Moore foudroyé net la 1ère fois qu'il vu le groupe en concert (en 1986), impressionné par un petit procédé qui fera les beaux jours des Pixies puis de Nirvana: le "quiet-loud". Moore: "J. chantait doucement, et je me suis dit "c'est intéressant cette manière qu'il a de jouer". Puis tout à coup, il a appuyé sur sa pédale fuzz... Là sa guitare a fait l'effet d'une énorme déflagration sonore, toute la salle a été foudroyée, les gens ont eu les cheveux qui se dressaient sur la tête, c'était hallucinant. Plus tard il s'est lancé dans un solo... Je n'avais jamais vu quelque chose de plus hargneux et de plus virtuose, c'était puissant et fin à la fois. Le concert terminé j'ai foncé le rencontrer pour proposer que son groupe fasse tournée commune avec Sonic Youth."

Avec You're Living All Over Me et Bug, albums publiés respectivement en 1987 et 1988, Mascis, Barlow et Murph signent des manifestes soniques qui seront entendus de Sonic Youth à Nirvana en passant par les Pixies.

Dinosaur Jr - The Lung (sur You're Living All Over Me)


Dinosaur Jr - Freak Scene (sur Bug)



Après Bug et le départ de Lou Barlow, Dinosaur Jr continuera à publier des albums de très haute facture, peut-être pas aussi bons que ces deux-là, mais tous très attachants et contenant leurs lots de pépites intemporelles, particulièrement brillantes sur Green Mind et Where You Been.

Dinosaur Jr - The Wagon (sur Green Mind)


Dinosaur Jr - Get Me (sur Where You Been)



Les deux albums suivants (Without a Sound et Hand It Over) sont peut-être un cran en dessous mais entretiennent toujours le charme éternel de cette musique qui transpire encore la jeunesse et la mélancolie.

Dinosaur Jr - Feel The Pain (sur Without A Sound)



Étonnamment reformés en 2005 dans le line-up original, avec Lou et Murph, le groupe sort en 2007 et 2009 deux albums absolument splendides (cela est dit sans aucune compassion, ces deux galettes sont réellement excellentes!), comme aux 1ers jours, comme si rien ne s'était passé depuis 1988. Impressionnant.

Dinosaur Jr - We're Not Alone (sur Beyond)


Dinosaur Jr - Over It (sur Farm)



Quant à Cobain, en plus d'avoir été photographié avec un t-shirt de Dinosaur Jr, il a déclaré lors d'un interview : "Je ne comprends pas tout le bruit qu'on fait autour de Nirvana, alors que tout ce qu'on fait c'est copier Dinosaur Jr". Don't act.

En bref, un groupe vital à découvrir ou redécouvrir d'urgence.


Sebadoh


Qui se doutait à la grande époque de Dinosaur Jr que le timide, binoclard et effacé bassiste du groupe se révèle être, quelques années plus tard, un génie visionnaire à la tête d'un des groupes les plus influents de l'histoire du rock indépendant? Soyons honnête: pas grand monde.
Pourtant le sous-fifre tendance geek de Mascis, lassé d'être réduit à jouer des partitions écrites par le leader maximo du groupe, se casse de Dinosaur Jr (ou plutôt se fait virer, m'enfin, un peu de respect pour Mister Barlow tout de même!) après la tournée suivant la sortie de Bug.

Lou se convertit alors guitariste et sort dès 1989, avec ses comparses Jason Loewenstein à la basse et Eric Gaffney à la batterie, le tout premier album de Sebadoh, The Freed Man.

S'ensuit la sortie d'une floppée de disques, au rythme d'un par an en moyenne, qui vont poser les bases d'un nouveau style: la Lo-Fi, soit l'enregistrement de la musique sur des supports de mauvaise qualité, comme des cassettes 4 pistes...
L'idée étant que peu importe la manière dont l'oeuvre accouche, pourvu que ça sorte le plus vite possible. Comme un besoin irrépressible de partager la musique, sans besoin de l'aval de maisons de disques et leurs formatages marketing et soniques.

Alors bien sur Sebadoh, au regard de l'histoire, n'est pas tout à fait l'inventeur de la Lo-Fi, la paternité de celle-ci pouvant être attribuée à Daniel Johnston qui, depuis 1980, enregistrait dans sa chambre ses chefs-d'oeuvres détraqués et crèves-coeur sur des cassettes au son tout pourri.
Mais Sebadoh a popularisé cet état d'esprit auprès d'une jeunesse certes avertie mais qui saura entendre le message.

Après des albums assez foutraques et il est vrai quelque peu irréguliers, alternant les coups de génie et les moments agaçants, les premiers très bons albums de Sebadoh sont III (1991) et Bubble and Scrape (1993), chacun contenant une série de chansons fondatrices.

Sebadoh - Ride The Dark Wave (sur III) (pour une chanson plus représentative de III, écouter la formidable Spoiled, présente sur la BO du film KIDS)


Sebadoh - Soul And Fire (sur Bubble & Scrape)



Mais le groupe atteint un véritable sommet de grâce avec Bakesale, sortit en 1994. Tout y est sur cet album: la "production" à l'arrache, les mélodies miraculeuses, les paroles sentimentales pleines de poésie et de sincérité de Lou... Sublime.

Sebadoh - Rebound (sur Bakesale)


Sebadoh - Magnet's Coil (sur Bakesale aussi)



Enfin le suivant, Harmacy, mérite aussi une attention particulière pour son son plus "poli" à l'instar de ce qui s'entends sur Bakesale, et le retour des ballades acoustiques comme sur III.

Sebadoh - Ocean (sur Harmacy)




Pour conclure un tout petit best-of absolument pas exhaustif de ce qui se faisait de bien à l'époque, à utiliser et partager sans modération:


Pixies - Here Comes Your Man


Teenage Fanclub - Sparky's Dream


Sonic Youth - Teenage Riot


Pavement - Gold Soundz


Pixies - Hey


The Lemonheads - My Drug Buddy


Pavement - Cut Your Hair



A venir les "présentations" de Pavement, Pixies, Teenage Fanclub,...!