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vendredi 16 septembre 2011

Girls - Father, Son, Holy Ghost

En 2009, ce charmant groupe avait publié l'album pop le plus beau de l'année. Et voilà qu'avec la sortie de cette nouvelle galette, modestement nommée Father, Son, Holy Ghost, Girls semble bien être partit pour nous refaire le même coup...

Représentants flamboyants d'une nouvelle génération qui préfère les ritournelles mélodiques des Beach Boys au hard-rock plombé, le duo en provenance de San Francisco avait donc impressionné il y a de cela deux ans. Un album varié, à la production vintage et aérienne, au songwriting aiguisé, couvrant toutes les influences conformes au bon goût rock'n'roll (Jesus & Mary Chain, Shangri-La's, Beach Boys, Pavement,...) et qui était parvenu à encourager leurs brillants collègues à poursuivre leurs efforts (Morning Benders, Wavves, Best Coast, etc...).

Il y eut un EP de très bonne facture en 2010 ("Broken Dreams Club"), et voilà Christopher Owens et Chet Jr. White de retour avec cet album au titre pompeux. Et ce qu'on perçoit très vite à l'écoute du disque c'est qu'Owens, le grand blond junkie au micro, principal compositeur du groupe, qui ressemble à un ado skater sortit tout droit des années 90, est sévèrement plus déprimé qu'en 2009, et un peu plus qu'en 2010. Séparation amoureuse et remises en causes existentialistes sont donc au menu. Heureusement, Owens a l'intelligence de ne pas faire de cet album une longue plainte dépressive, et on ressent une honnêteté profonde dans son écriture, rendant ce jeune homme éminemment sympathique. Des notes d'espoir sont adroitement distillées tout au long des chansons, et le groupe oscille entre ballade pop on ne peut plus classique, à la Randy Newman comme le dit Owens, et réveils rock salvateurs.
Girls sait donc produire des grandes ballades comme on en faisait dans les années 50, excusez du peu mais ce n'est plus très courant... Evidemment certains n'y voient qu'un ramassis de mièvreries, et tant pis pour eux a-t-on envie de dire... Le songwriting d'Owens est comme un vieil art oublié, un savoir-faire ancestral qui n'aura survécu qu'à travers le talent de quelques génies, celui de ce garçon en tête.
Dans My Ma par exemple, Owens donne tout ce qu'il a... Ce type de parole a été entendu 10 000 fois, ça pourrait être d'un cliché infernal, sans aucune originalité, pourtant le groupe nous touche droit au coeur avec cette complainte traversée d'un solo de guitare épique, comme on savait en faire dans les années 60:

"Oh God, I'm tired. And my heart is broken. It's so hard to feel so alone. And so far away, so far away from home. And you're my Ma'."

Girls - My Ma'



Pas le temps de s’apitoyer bien longtemps, puisqu'avec des titres comme Die, Girls rappelle à tout le monde qu'ils sont parfaitement capables d'une belle violence rock'n'roll, à la limite du stoner ici en l’occurrence...
Avec des choses comme Love Like A River, on retrouve l'influence sublime des meilleurs girls-group et des plus grands soul men (Supremes, Ronettes, Redding, Burke,...). Dans cette catégorie et dans le monde d'aujourd'hui, ils sont les seuls rivaux valables à Cults, spécialistes reconnus en la matière.

Girls - Love Like A River



Et alors que des complaintes acoustiques comme Jamie Marie finissent d'émerveiller les âmes sensibles, on obtient de parfaites chansons de rock indé mélodique, dans la lignée des meilleurs Pavement avec "Alex"
(haaa ces arpèges divins!), ou évoquant Weezer, Teenage Fanclub et les Pixies sous leurs jours les plus radieux avec "Honey Bunny", tube en puissance :

Girls - Jamie Marie



Girls - Alex



Girls - Honey Bunny



En résumé, un album pop mélodique sublime, au songwriting ouvragé, d'une diversité admirable et d'une honnêteté profondément touchante... Que demander de plus? L'un des tout meilleurs albums de 2011.

mercredi 22 juin 2011

Cults - Cults

L'année dernière ce groupe nous avait sidéré.

Sortant littéralement de nulle part, les Cults émergeaient avec un bijou étincelant, un chef d’œuvre de perfection mélodique à la beauté rare: la chanson Go Outside, qui fit tourner la tête des bloggers du monde entier avant d'être récupérée par Pitchfork et d'autres magazines "hype"... Pour une entrée matière, ce fut en tout cas un triomphe.
"Go Outside" était alors proposée gratuitement sur Internet sur un petit EP de 3 chansons d'une grâce infinie.
Depuis il est donc peu dire que le temps fut long, à attendre pendant un an une hypothétique quatrième chanson, un album, un signe, quelque chose quoi... On ne peut pas juste mettre une branlée à tout le monde comme ça et puis repartir à peine la démonstration de force commencée...

Et puis voilà l'album éponyme qui débarque enfin. L'appréhension était grande, mais elle s'est évanouit dés les premières notes de la formidable Abducted. Les doutes laissent immédiatement place à l'enthousiasme pour ces mélodies légères et cette production faramineuse... Les samples de discours sont biens là, la superbe voix de Madeline Follin aussi, les rythmes flirtent avec le hip-hop... Mais surtout, ce qui est avant tout hallucinant là-dedans, ces mélodies... Merde comment font-ils??? Certains passent toute leur vie à poursuivre ce genre d'idéaux pop sans jamais les atteindre... Et eux font ça avec tant de facilité et de fraicheur!

Que ce soit sur le slow radieux "You Know What I Mean", la divine "Most Wanted" ou l'ultime "Bumper" (qui s'inspire tout naturellement de Give Him A Great Big Kiss des Shangri-La's) on sent avec joie l'influence prégnante des girls-groups des années 60, cette époque où d'innocentes, belles et enthousiastes jeunes filles chantaient quelques unes des plus belles mélodies à avoir jamais été conçues sur Terre, des Shangri-La's jusqu'aux Ronettes en passant par Lesley Gore et les Supremes.
La nouvelle génération, et c'est une vraie preuve de bon goût, s'approprie chaque jour d'avantage cet héritage trop longtemps dénigré. Parmi les tout meilleurs groupes actuels on en compte au moins deux ou trois chez lesquels l'influence est primordiale (Best Coast, Cults, Vivian Girls,...) et des dizaines d'autres où elle est plus discrète mais profondément ancrée dans l'approche mélodique (Girls, Wavves, Morning Benders,...).

Pour ne rien gâcher la production est évidemment sublime. Légèrement lo-fi, elle laisse l'écho s'exprimer dans les voix et met en valeur la moindre contribution instrumentale. Des subtiles carillons aux xylophones, tout ici sonne incroyablement bien.

Il ne nous donc reste plus qu'à attendre et à voir maintenant... Le monde va-t-il se rendre compte du génie de ce duo, ou va-t-il faire de cet album un nouveau joyau oublié? Seul l'avenir nous le dira...

Dors et déjà mon album de l'année en tout cas.

Cults - Go Outside


Cults - You Know What I Mean


Cults - Abducted


Cults - Bumper


Cults - Oh My God


L'album est audible dans son intégralité sur Deezer. Précipitez-vous!