samedi 8 décembre 2012

Quelques perles oubliées

Après cette longue absence, je souhaitais m'attarder un peu sur quelques vieux albums qui me tiennent particulièrement à coeur et dont bien peu de monde parle aujourd'hui...
Ce ne sont pas des albums particulièrement durs d'accès pourtant. Et ceux qui les ont conçu ne sont pas non plus des grands inconnus pour ceux qui s'intéressent un peu à l'histoire du rock indépendant. Mais le temps a fait son oeuvre et ces disques sont passés à la trappe. Dommage pourtant puisqu'il y a là dedans de quoi tenir des années.

Felt - Me And A Monkey On The Moon
(1989)


On aurait pu évoquer le son de guitare cristallin et divin de Maurice Deebank, ces mélodies tissées avec une délicatesse infinie... Mais pas ici, puisqu'à ce stade, le guitariste génial a déjà quitté le groupe depuis bien longtemps. Me And A Monkey On the Moon est en fait le chant du cygne de Felt, puisqu'il s'agit du dernier album publié avant le split, en 1989, respectant ainsi les volontés délirantes de son leader maximo, Lawrence, qui voulait publier 10 albums en 10 ans avant de saborder le groupe.

Toujours mené donc par l'impérial Lawrence et son phrasé très caractéristique, la bande avait commencé à évoluer, depuis le chef d'oeuvre Forever Breathes The Lonely World, vers un format beaucoup plus pop. Laissant de côté les longs instrumentaux basés sur les prouesses guitaristiques de Deebank, Felt s'ouvrait de plus en plus aux claviers (piano, orgue, synthétiseur) grâce au génie de Martin Duffy, 20 ans à peine à l'époque.

Du côté de l'humeur, alors que le groupe continue de s'enfoncer dans un anonymat désespérant compte tenu de son potentiel immense, les mélodies semblent ici plus enjouées que jamais. Lawrence a la tête dans les étoiles et rêve d'amour infini en célébrant la vie, le soleil et la liberté. Le tout pour un résultat d'une beauté précieuse, spleenesque, lumineuse et presque réconfortante.

Alors bien sûr, on aurait pu parler ici de Poem of the River, dans le même veine et sublime également, du classique Forever Breathes The Lonely World, de l'immaculé et toujours fascinant The Splendour of Fear, ou encore du renversant et psychédélique Ignite The Seven Cannons... En fait, quasiment tous les albums de Felt sont des chefs-d'oeuvre. Il ne tient qu'à vous de foncer tête baissée dans leur discographie et ne jamais en ressortir.

Felt - I Can't Make Love To You Anymore


Felt - Free



Spiritualized - Pure Phase
(1995)



Le deuxième album de Spiritualized, Pure Phase, fait partie de ces disques tellement fous qu'il est impossible de le comprendre d'emblée. Trop grand, trop immense, trop ambitieux. Fondé sur les cendres encore fumantes des hautement légendaires Spacemen 3 et mené par Jason Pierce, la formation avait déjà publié d'entrée un coup de maître: Lazer Guided Melodies. Elle revient aux affaires 3 ans plus tard avec la même conviction et un album encore plus impressionnant.

Pure Phase est en fait l'album où Jason Pierce fait vraiment étalage de toute sa virtuosité pour la première fois, en incorporant dans sa musique cordes, cuivres et claviers avec une maîtrise proprement hallucinante. La largeur de sa palette n'a alors aucun équivalent dans le monde du rock. Pourtant à l'époque, personne n'a rien à foutre de Spiritualized, les ventes de cet album seront d'ailleurs mineures. La même année, Sparklehorse publiait également un chef-d'oeuvre absolu dans l'indifférence générale... Drôle d'époque donc, mais passons.

Dans Pure Phase, l'ampleur des drones shoegaze n'a d'égale que la splendeur des mélodies qui se métamorphosent et prennent des accents pop ou psychédéliques l'espace d'une chanson. Il est peu dire qu'on a depuis bien longtemps quitté la terre ferme et que toute cette magie nous a emmené très loin dans une autre galaxie.
On retrouve dans ce disque des solos de guitares électriques tellement impensables qu'on croit presque apercevoir le fantôme d'Hendrix jammer avec celui de John Cipollina le temps d'une chanson (These Blues). Ceux-ci s'évanouissent délicatement dans la nuit et laissent la place à une complainte sublime (Let It Flow), presque gospel, et tout semble naturel. Et tout l'album est comme ça, que d’enchaînements comme ceux-ci, incompréhensibles mais merveilleux pourtant.

Mais rien se sert de trop s'étendre, il vous suffit d'aller faire un tour sur Youtube, Grooveshark, Spotify ou Deezer pour vous rendre compte de toute cette magie par vous même.

Spiritualized - Pure Phase (l'album en entier!)


Spiritualized - Let It Flow



The Magnetic Fields - Get Lost
(1995)



Le succès des Magnetic Fields était resté très confidentiel au début des années 90.

Dans les deux premiers albums du groupe, Distant Plastic Trees et The Wayward Bus, Merritt faisait pourtant preuve d'une créativité débordante, avec des disques denses, bouillonant d'idées et de sons originaux. Les fans hardcore du groupe préfèrent d'ailleurs souvent ces deux albums à tous les suivants, voyant à travers ceux-ci les représentants parfaits de la beauté synthétique et romantique que pouvait atteindre Merritt dans sa prime jeunesse.

Avec The Charm Of The Highway Strip, Merritt commençait à prendre les choses en main vocalement mais cet album n'était pas son meilleur, pas le plus inspiré.
Avec Holiday par contre, les Magnetic Fields trouvent la formule gagnante. On aurait pu parfaitement parler de ce disque, un autre chef-d'oeuvre oublié dans les méandres de l'histoire de la pop, mais on a choisit le suivant, Get Lost, publié en 1995.
L'émotion restait néanmoins, je trouve, terrée derrière la voix froide et détachée de Susan Anway et les synthétiseurs, qui, volontairement, sonnaient très Lo-fi, paraissent aujourd'hui assez machinales et déshumanisés.

Get Lost est en réalité le premier album des Magnetic Fields où Stephen Merritt commence à s'éloigner un peu de cette synth-pop qui a fait les beaux jours des premiers albums du groupe et commence à prendre le micro d'avantage. L'album sonne ainsi plus personnel que jamais et n'en devient que plus touchant.

La poésie romantique de Merritt s'exprime ici avec une honnêteté teintée d'ironie qui deviendra la marque de fabrique du groupe, surtout à partir du prochain disque, l'inégalable 69 Love Songs.

C'est en fait avec Get Lost qu'on obtient les premières vraies belles complaintes classiques de Merritt qui, loin d'abandonner l'idée des synthés et du chant maniéré et baroque des opus précédents, va l'adoucir via des chansons auxquels l'auditeur de base s'identifie plus facilement. On est au final touché directement au coeur avec des pépites comme Why I Cry ou With Whom To Dance?, qui voient Merritt offrir parmi les mélodies les plus sublimes de sa vie.

The Magnetic Fields - With Whom To Dance?


The Magnetic Fields - Why I Cry (Live)

2 commentaires:

  1. Merci pour ce nouvel article. Les chansons de Felt sont superbes.

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    1. Mais merci à toi pour ton commentaire cher contre-temps! (-:
      Oui oui Felt c'est génial on est d'accord...

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