samedi 20 mai 2017

Jorge Ben – Jorge Ben (1969)


Nous en sommes en 1969 et le Brésil a définitivement basculé dans une dictature militaire. La répression est devenue féroce et certains fers de lance du tropicalisme, les plus politisés d’entre eux (Chico Buarque, Caetano Veloso et Gilberto Gil notamment) sont emprisonnés puis contraints à l'exil. Assez loin de toute cette agitation, Jorge Ben fait figure de jouisseur. Il est lié au mouvement Tropicalia, mais s’en détache aussi fondamentalement, à l’instar des sublimes Novos Baianos, qui arriveront un peu plus tard. Ben est moins engagé politiquement, se réfère davantage aux sources de la musique brésilienne, est moins « expérimental », moins subversif, moins lettré. Mais pas moins talentueux. Et il a notamment un sens inné de la mélodie et du rythme qu’on ne retrouve pas forcément chez les autres.

Auteur en 1963, avant tout le monde, d’un premier album fulgurant, un vrai manifeste de samba d’après-guerre (le classique Samba Esquema Novo), Jorge Ben privilégie alors la pureté des chansons guitare-voix, les mélodies faciles et hypnotiques et les paroles très premier degré qui célèbrent les plaisirs simples du peuple brésilien, chantant l’amour, les jolies filles, la plage, le football, le soleil... Aucun lien avec le tropicalisme en somme. Il n’est pas encore le grand songwriter qu’il va devenir (même s’il a déjà à son actif les classiques absolus Mas Que Nada et Chove Chuva), et se situe clairement un petit cran en dessous des maîtres cités en exemple ci-dessus, qui ont déjà publié plusieurs grands albums chacun.

Après quelques galettes dispensables produites à la chaîne à la suite du succès du premier album, Jorge se reprend et convoque pour son album éponyme de 69 les plus fines gâchettes du moment : ses vieux compères du Trio Mocoto le rejoignent en studio pour la première fois, tandis que l’immense Rogerio Duprat, le maestro du tropicalisme, s’occupera des arrangements et de l’orchestration de certains titres. Et c’est justement dans les arrangements que l’on trouve la principale nouveauté musicale de ce disque : les violons, violoncelles, contrebasses, cors d’harmonie, trompettes, clarinettes et autres flûtes traversières sont légions, enveloppant certains titres d’une ombre baroque sublime. Cet embourgeoisement soudain le rapproche alors brusquement de ses compères tropicalistes, ce qui le placera dans une compétition féroce au chef d’œuvre, les Gil, Veloso et Buarque publiant à cette époque-là classique sur classique. Au-delà de l’instrumentation, c’est aussi une certaine conscientisation de sa musique qui va le rapprocher de ces grands tropicalistes, en célébrant notamment sans voile les racines africaines du Brésil et la fierté noire.

L’ambition ainsi retrouvée, Jorge nous pond certains de ses titres les plus aventureux : Descobri que Eu Sou Um Anjo (« J’ai découvert que j’étais un ange ») par exemple, avec une orchestration soyeuse que n’aurait pas renié Burt Bacharach, Scott Walker ou Serge Gainsbourg, joue avec les dissonances, complexifie les harmonies et laisse entrevoir un texte poétique, surréaliste et prophétique d’une force évocatrice puissante.

Mais Jorge Ben a l’intelligence de garder sa musique proche du sol et à l’inverse de certains de ses contemporains, qui pouvaient avoir tendance à glisser vers l’auto-indulgence et les expérimentations pénibles, Jorge n’oublie pas de faire danser ses auditeurs. Take It Easy My Brother Charles fait ainsi preuve d’une classe infinie, avec ses saxophones, ses trompettes et son swing imparable, mêlant anglais et portugais pour interpeller son ami américain « de couleur » Charles, et offrir au passage une vision profondément optimiste des tensions raciales en cours sur le continent nord-américain. A ses yeux, le peuple noir a le monde à ses pieds, il a vu l’homme blanc marcher sur la Lune, de grandes choses sont possibles. Il a maintenant le devoir de se libérer de ses chaînes, de retrouver sa dignité, de chanter son amour à la Terre entière ! In fine le vrai mystère entourant cette chanson réside donc dans la question suivante : comment cette chanson n’est-elle pas devenue immédiatement un hit intersidéral ?

Avec Bebete Vãobora, sur des sujets plus triviaux de jalousie conjugale, Jorge Ben déroule son samba de nouvelle génération avec une facilité déconcertante. Jorge a trouvé la formule magique, il en usera désormais sans modération. Les paroles sont encore une fois délicieuses de drôlerie premier degré : « Je ne peux plus arriver en retard, et même plus penser à m’absenter. En effet, le nouveau patron est loin d’être mon ami, et donc comment veux-tu que je t’achète, si je me fais virer, de nouvelles sandales pour que tu ailles danser la samba ? ».

A ce titre, son Pais Tropical - présent sur cet album et composé originellement pour le grand sambiste Wilson Simonal - est l’exemple le plus hilarant de l’immense amour de Ben pour les choses simples de la vie et l’apothéose de cette simplicité heureuse. C’est le cri du bonheur du Brésilien qui se rend compte de l’incroyable chance qu’il a de vivre dans un sublime pays tropical, fêtant la suprême jouissance d’être tout simplement vivant : « Je vis dans un pays tropical, béni par Dieu… Mais quelle beauté ! En février, il y a le carnaval ! J’ai une voiture, je suis Flamengo et j’ai une copine qui s’appelle Teresa ! ».
Alors que l’identité brésilienne reste récente et fragile, Jorge en attrape toutes les facettes sans même s’en rendre compte, avec une complexité et une finesse qui se fera grandissante avec le temps.
Avec cet album éponyme de 1969, à la sublime pochette psychédélique, Jorge Ben s’impose donc une bonne fois pour toute dans la cour des grands compositeurs et interprètes brésiliens. Si les intellos préfèreront toujours un disque de Buarque ou Veloso, il n’en reste pas moins que Ben est l’un des grands maîtres contemporains de la musique brésilienne, parvenant à allier avec une facilité déconcertante la tradition nationale (samba, choro…) et quelques éléments importés des cousins anglo-saxons (pop, rock, jazz…), pour un résultat à couper le souffle.

L’aventure ne s’arrêtera évidemment pas là. Après cet album éponyme, Jorge accouchera d’un nouveau classique (le stupéfiant « Força Bruta », paru en 1970) avant de partir dans un trip ésotérique au long-cours, qui apportera au monde les sublimes A Tabua de Esmeralda et Africa Brasil.
Peut-être (définitivement ?) le plus sous-estimé de tous les grands maîtres brésiliens.


Salve salve Jorge Ben !

samedi 21 novembre 2015

The Beatles - Revolver



Revolver est, sans aucun doute, l'un des 4 meilleurs albums des Beatles (avec Sgt. Pepper, le White Album et Abbey Road), et par bien des aspects mon disque préféré de la bande de Liverpool.
En 1966, les Beatles ont pris une décision fracassante qui, on le découvrira plus tard, changera le cours de l’histoire de la musique. C’est décidé, les Beatles ne souhaitent plus donner de concerts. Plus jamais ! Consternés par les évènements survenus en Philippines, dégoûtés et épuisés par les tournées marathons, submergés par l’hystérie des fans qui couvrent toute tentative du groupe de se faire entendre, les Beatles sont arrivés à la fin d’un cycle. La bonne nouvelle est que désormais, le groupe est libre de composer ce qu’il veut. Forts de leurs statuts de superstars, ils se voient libérés de toute barrière artistique, n’ayant plus à reproduire en live ce qu’ils enregistrent, et se permettent ainsi de squatter les studios d’Abbey Road jours et nuits.

Et alors que Rubber Soul montrait déjà des signes novateurs, en cassant, sur certaines chansons, le style léger que s’était forgé le groupe, Revolver passe à une vitesse radicalement supérieure, boosté par ce sentiment de liberté créatrice.

Le Tomorrow Never Knows de Lennon est à ce titre une rupture stupéfiante avec tout ce qu’avait pu faire le groupe avant. Ce collage sonore hautement psychédélique et hypnotique est une véritable prouesse technique, qui n’aurait été possible sans les talents d’un certain Geoff Emerick, le tout nouvel ingénieur du son des Beatles sur ce disque. Celui-ci, contrairement aux vieux pontes d’EMI, ne rechigne jamais à expérimenter des nouvelles choses en studio avec le groupe, laissant libre cours à leurs idées et lubies les plus saugrenues. Emerick parviendra ainsi à retranscrire fidèlement les sons que John et les autres entendaient dans leurs têtes. Pour l’anecdote, Lennon exigea pour Tomorrow Never Knows que sa voix sonne « comme le Dalaï-Lama psalmodiant depuis le sommet d’une montagne lointaine » (!), et fût ravi de ce qu’Emerick parvint à lui pondre.

C’est avec son talent habituel que George Martin réalise quant à lui les arrangements de l’album, comme ceux de l’inégalable Eleanor Rigby écrite par McCartney. Les violons soyeux de l’orchestre et la mélodie d’orfèvre concoctée par Paul sur ce titre, qui interprète sublimement la chanson, sont quasiment ce que les Beatles feront de mieux de toute leur carrière. Quelle classe infinie quand on y repense…

Et le groupe ne se contente pas de ces deux chefs-d’œuvre. Lennon balance l’éternel I’m Only Sleeping, auquel McCartney répond avec les progressions harmoniques incroyables de Here, There, Everywhere, qui préfigure tout ce que feront Elliott Smith et Belle & Sebastian plus tard. Lennon, au sommet de sa forme, réplique avec la fascinante She Said She Said. Mais McCartney fini par faire fondre les tous les cœurs d’artichauts avec la sublime For No One. Lennon est d’humeur plus badine et assène la jouissive And Your Bird Can Sing, missive pop acide et réjouissante dont le destinataire fait encore débat aujourd’hui (McCartney ? Jagger ?).

A cela, il faut ajouter un George Harrison qui s’affirme de plus en plus dans son rôle de compositeur, prenant confiance en lui et creusant la veine indienne initiée sur le disque précédant. Celui-ci accouche du Taxman d’ouverture, au riff de guitare novateur, et y ajoute la très belle Love You To.
Les classiques s’enchainent. Même Ringo s’y met et interprète la drôlissime et absurde Yellow Submarine de Paul, qui sera reprise par tous les pochtrons anglais des décennies durant au cours de longues nuits de beuverie.

A vrai dire, seules deux chansons (sur 14) semblent plus anecdotiques : Doctor Robert et … Et qui sont loin d’être mauvaises. Rendez-vous compte. Quel exploit quand on y repense. 12 classiques en un seul album. Dans l’histoire de la pop, il n’y a pas grand monde en dehors des Beatles qui en a été capable. Réécoutez les classiques : Stones, Beach Boys, Led Zep, Pink Floyd, Hendrix, Dylan, Who, Kinks… Partout il y a des choses à jeter. Vous trouverez peut-être 4 ou 5 albums de ce niveau-là, mais pas plus. Aujourd’hui encore, l’écoute de cet enchaînement magique laisse pantois.

Par bien des aspects, Revolver est le dernier disque qui est placé aussi bien sous l’égide créatrice de Lennon que de McCartney. Sgt. Pepper, le disque suivant, se fera quant à lui sous la direction de Paul, celui-ci rêvant de créer un concept-album parfait (et y parvenant). Un John rageur et complétement accro - à l’héroïne et à sa Yoko - prendra par la suite sa revanche en se comportant en tyran lors de l’enregistrement chaotique de l’album blanc. Paul reprendra finalement les choses en main sur Abbey Road (après l’ignoble interlude de Let It Be), étant le seul Beatles à se préoccuper encore suffisamment du destin des chansons du groupe. Arrivé à ce stade, il sera d’ailleurs difficile de qualifier les Beatles de « groupe », chacun des Fab Four composant et interprétant ses propres chansons de manière complètement indépendante, le tout en prenant un soin particulier à ne jamais se croiser en studio.

Et tandis que des esprits chafouins ne cessent de réévaluer, de façon assez disproportionnée, Rubber Soul, Revolver est bel et bien le disque sur lequel on peut entendre les Beatles à leur sommet, Paul et John se supportant encore suffisamment pour réussir à collaborer ensemble dans l’intérêt supérieur de la musique. McCartney ajoute un pont sur une composition de Lennon, Lennon participe aux paroles d’une chanson de McCartney, et ainsi se construisent les chefs d’œuvre. Si les deux comparses ne composent plus la majorité de leurs chansons ensemble, et montrent déjà quelques signes de tensions inquiétants, leurs egos respectifs sont encore suffisamment maitrisés pour leur permettre de faire avancer les compositions en toute intelligence.

Revolver sera au final un succès considérable. Se détachant définitivement de leur image de « bons garçons » et de « groupe à minettes », les Beatles parviennent encore à vendre et s’affirment alors comme une force créatrice sans égale dans le monde de la musique, laissant Stones et autres Beach Boys sur le bas-côté, incapables de suivre.
Et puis, Revolver explore, expérimente, ouvre des portes. Il montre la voie à une nouvelle génération, tout en parvenant à rester parfaitement mélodique. C’est là un équilibre fragile que très peu de groupes psychédéliques parviendront à atteindre par la suite…

Bref, vive Revolver, et vive les Beatles !

samedi 27 juin 2015

O melhor da musica brasileira





Si j'ai déjà parlé dans ce blog de musique brésilienne, et plus particulièrement de Caetano Veloso et des Novos Baianos, je ne résiste pas à l'envie de vos faire découvrir encore quelques perles tropicales.

Dans les années 50, du côté de Rio, la jeunesse dorée brésilienne commence à se raffiner et invente la bossa-nova. Elle prend la musique traditionnelle brésilienne, le samba, le choro, et ralentit le tempo, sous l'influence du cool jazz qui sévit au Nord du continent. On y ajoute une dose de douce mélancolie, un zeste de poésie exquise... Et une complexité harmonique folle ! Tout guitariste qui se respecte ayant tenté sa chance sait à quel point il est difficile d'en jouer avec la facilité des grands maîtres brésiliens. Comme le dit Wikipédia : "(...) là où la majorité des standards de jazz se limitait aux accords de 9e, la bossa nova n'hésitait pas à pousser l'utilisation des extensions jusqu'aux 11e et 13e, diminuées ou augmentées. Cette complexification harmonique, toute naturelle dans la bossa nova, n'était pas le souci des jazzmen. Jobim avait d'ailleurs coutume de dire que la bossa nova était une musique de chambre populaire".
Sous l'impulsion de ses 3 géants, la bossa-nova prend son envol et conquis les cœurs à travers le monde : Antonio Carlos Jobim, le compositeur, Vinicius de Moraes, le poète et João Gilberto, l'interprète. Ces 3 monstres sacrés changent drastiquement les règles du jeu, et augurent alors de la richesse foisonnante de la musique brésilienne jusqu'au milieu des années 70.

On pourrait citer quasiment tous les albums de João Gilberto, composés par la fine fleure de la bossa nova de l'époque. On retiendra surtout cette triplette magique, ces trois 33 tours publiés à 1 an d'intervalle : Chega de Saudade (1959), O Amor, o Sorriso e a Flor (1960) et João Gilberto (1961).

Mon disque préféré de la période ? L'album blanc de João Gilberto sorti en 1973, paru bien après la guerre donc. C'est un album d'une pureté et d'une facilité toute brésilienne.
On retrouve notamment l'insurpassable Aguas de Março, que seule Elis Regina chantera aussi bien que Gilberto. João Gilbeto a cette façon inimitable de chanter, susurrant sans forcer dans l'oreille de l'auditeur des douces mélodies. Et on ne parle même pas de son jeu de guitare, qui deviendra le standard absolu à suivre pour tous les apprentis guitaristes s'escrimant sur les accords biscornus et le rythme cadencé de la bossa-nova.
Il y a aussi l'hypnotisant Indiu, la réjouissante Falsa Baiana, et bien d'autres...
Raffinement et complexité des harmonies, innovation rythmique et poésie moderne... Bref, tout le cocktail de la bossa-nova est présent ici.

mercredi 22 janvier 2014

Best songs 2013 - Top 20

Et voici les meilleures chansons de l'année 2013 à mon humble avis!
En espérant qu'il y ait quelques bonnes découvertes pour vous ;-)

1. Lorde - Royals




2. Majical Cloudz - Bugs Don't Buzz




3. Woodkid - I Love You




4. Vampire Weekend - Step




5. Phoenix - Entertainment




6. Kurt Vile - Never Run Away




7. Blood Orange - You're Not Good Enough




8. Autre Ne Veut - Counting




9. Vampire Weekend - Unbelievers




10. Deerhunter - Back To The Middle




11. Woodkid - Golden Age




12. The Strokes - 80's Comedown Machine




13 Daft Punk - Get Lucky




14. Blood Orange - Time Will Tell




15. Yo La Tengo - I'll Be Around




16. Arcade Fire - Afterlife




17. Chvrches - The Mother We Share




18. Autre Ne Veut - Play By Play




19. Rhye - Open




20. Gesaffelstein - Hate Or Glory



jeudi 2 janvier 2014

Best Albums - 2013

Soyons honnêtes dès le départ. Voici clairement un classement de branleur, et ce pour différentes raisons. D'abord, j'ai été très peu présent cette année sur ce blog. Ensuite, j'ai moins écouté de musique en 2013. Peut être une impression, mais j'ai globalement été déçu par la production musicale sortie cette année. Malgré de très bons albums respectifs, j'espérait il est vrai encore davantage des mastodontes Daft Punk, Phoenix, Arcade Fire, Strokes et Kanye West.
Bon, mis à part ça, il y eu quand même de très belles choses, en particulier parmi les albums cités ci-dessous. Je reviens rapidement avec un top de mes chansons préférées sorties cette année. Ce sera peut-être encore plus parlant.


1. Woodkid - The Golden Age

























De très loin le disque le plus majestueux sorti cette année. Alors bien sûr, il faut aimer les orchestres, la musique classique, les violons, les trompettes, le lyrisme, etc... Les compositions sont impeccables, fines, racées, d'une beauté triomphale, la production est parfaite et le tout est un loukoum sucré dont on se délecte avec avidité. N'en déplaise aux pisse-froid, Woodkid a bien composé l'album de l'année. Dommage que la critique, qui l'avait porté aux nues jusqu'à la sortie de l'album, l'ait ensuite lâché lamentablement, lui que tout le monde voyait triompher outre-Atlantique. Mais qu'importe: voilà un disque fulgurant.


2. Vampire Weekend - Modern Vampires Of The City

























Malin, réjouissant, rafraîchissant... Voilà un disque d'une intelligence rare, qui synthétise à merveille la culture omnivore dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Les jeunes aiment tout, écoutent tout, s'inspirent des choses les plus kitsch et les plus grotesques comme des génies perdus et des joyaux intemporels...
On retrouve donc Vampire Weekend, groupe sympathique, mais qu'on n'aurait jamais imaginé à un tel niveau sur un disque d'une cohérence rare. De la pop radieuse, rythmée, qui dessine un New-York fantasmagorique, lettré, cultivé, fin et d'une grande sensibilité.


3. Majical Cloudz - Impersonator



L'ami de Grimes a frappé très fort pour son premier album, avec des compositions à fleur de peau d'une beauté stellaire. Majical Cloudz sonne comme une chanson épurée et sensible de Grimes, avec la voix de stentor de Devon Welsh qui transporte avec elle des souvenirs douloureux et de sombres pensées. Le niveau de puissance émotionnelle atteint sur des chansons comme Bugs Don't Buzz, Childhood's End ou This Is Magic est inouï. A découvrir d'urgence si ce n'est pas encore fait.


4. Blood Orange - Cupid Deluxe



























Voilà un bien étrange objet. Imaginez un espèce de R&B lo-fi poisseux, qui déborderait de trouvailles étonnantes, de mélodies princières, de chants d'églises et de pianos déglingués... Et vous obtiendrez Cupid Deluxe, le meilleur album de Blood Orange jusqu'ici, un ovni à découvrir au plus vite.


5. Autre Ne Veut - Anxiety




6. Kurt Vile - Wakin On A Pretty Daze




7. Deerhunter - Monomania




8. Daft Punk - Random Access Memories




9. My Bloody Valentine - mbv




10. Yo La Tengo - Fade




Mentions spéciales:

Lorde - Pure Heroine
Rhye - Woman
The National - Trouble Will Find Me
Bill Callahan - Dream River
Adam Green & Binki Shapiro - Adam Green & Binki Shapiro
Earl Sweatshirt - Doris
Low - Invisible Way
Christopher Owens - Lysandre
Youth Lagoon - Wondrous Bughouse
Devendra Banhart - Mala
The Strokes - Comedown Machine
Phoenix - Bankrupt!
Chvrches - The Bones of What You Believe
Parquet Courts - Light Up Gold
Arctic Monkeys - AM
James Blake - Overgrown
Kanye West - Yeezus
MIA - Matangi
Arcade Fire - Reflektor
Chance The Rapper - Acid Rap
Haim - Days Are Gone
Beady Eye - BE
Quasimoto - Yessir Whatever
Gesaffelstein - Aleph
Danny Brown - OLD
Julianna Barwick - Nepenthe
Foxygen - We Are The 21st Ambassadors Of Peace And Magic
Kavinsky - Outrun
Primal Scream - More Light
Mogwai - Les Revenants

dimanche 27 janvier 2013

Les meilleures chansons de Daniel Johnston

C'est en voyant un intéressant top 10 des meilleures chansons de Daniel Johnston chez les excellents Pigeons & Planes que m'est venue l'idée de réaliser mon propre classement de mes chansons favorites de ce songwriter si cher à mon coeur.

Alors bien sûr, il m'est impossible de ne retenir que 10 chansons. Johnston a été si marquant dans ma vie, et son oeuvre est si conséquente qu'il me paraît absolument inconcevable de réaliser un sélection d'à peine 10 titres sans avoir l'impression d'en trahir des dizaines d'autres.

Voilà donc en tout cas un modeste classement de mes chansons préférées de Daniel Johnston. En espérant que ça puisse vous guider si vous ne savez pas par où entrer pour découvrir le monde de celui qui est peut-être le plus grand songwriter de tout les temps...



1. Some Things Last A Long Time (1990 - 1990)

Some Things Last A Long Time est la chanson définitive, celle qui peut résumer tout Daniel Johnston d'un coup.
Cette déchirante plainte mélancolique se trouve sur l'album 1990, immense disque de gospel mortuaire qui bénéficia de la production parfaite de l'érudit Kramer.
Some Things est en réalité une chanson terrible sous plusieurs aspects. Elle évoque les affres d'un amour perdu sans jamais le décrire vraiment. Il y a ici une économie de mots brillante, et pourtant tout est dit. "Ton image est encore sur mon mur, sur mon mur... Les couleurs sont brillantes, brillantes, comme toujours... (...) Certaines choses durent un long moment". Quasiment rien n'a besoin d'être ajouté. Le piano est entêtant, funéraire. Kramer ajoute de subtiles distorsions qui semblent mimer le bruit d'un magnétoscope qu'on rembobine: la tragique existence de de l'auteur, Laurie, la dépression, la folie, l'hôpital psychiatrique, toutes les photos et les enregistrements les plus intimes de Johnston semblent ainsi défiler devant nos yeux. Mais le temps a beau passer, les choses restent les mêmes. Le souvenir douloureux de l'être aimé ne s'efface plus. Quand enfin Johnston finit par admettre que certaines choses ne durent pas seulement "a long time", mais carrément "a life time", plus rien ne peut être dit, la chanson peut s'arrêter. On comprends alors tout : la solitude, l'isolement d'une chambre d'ado, à contempler les photos de la fille aimée et perdue (la fameuse Laurie), l'impossibilité de passer à autre chose, l'obsession, l'infinie tristesse... Rarement une chanson aura mieux incarné tout cela. Sublime mais définitivement terrible donc.


2. Walking The Cow (Hi, How Are You? - 1983)

Cette chanson est caractéristique des merveilles que Dan pouvait produire avec son chord organ. Avec ce petit instrument d'enfant, Johnston compose ici une symphonie existentielle, d'une mélancolie et d'une beauté infinie. Les paroles sont cryptiques mais la poésie et la tristesse qui s'en dégagent sont palpables. A vrai dire, il est extrêmement difficile d'expliquer pourquoi Walking The Cow est une si grande chanson. L'écouter avec attention pourrait vous éclairer.


3. My Yoke Is Heavy (Don't Be Scared - 1982)

Publié en 1982, année la plus prolifique de la saga Johnstonienne, Don't Be Scared est un album sublime qui contient plus d'une perle... Mais celle-ci est certainement la plus resplendissante de toutes. Là encore, les paroles sont à écouter avec attention puisque Johnston atteint ici son sommet en tant que parolier. On pourrait extraire presque l'intégralité du texte pour illustrer le génie lyrique de Johnston. Morceau choisi: "Somewhat disturbing is the sound of birds singing, when you know you don't deserve it...". Les interprétations sont ensuite infinies.
La mélodie et le piano Lo-fi, très caractéristique du Johnston des premières années, ne gâchent évidemment rien. On peut écouter 100 000 fois ce morceau sans jamais en faire vraiment le tour. L'un des plus grands chefs-d'oeuvre du songwriter bien-aimé.


4. True Love Will Find You In The End (1990 - 1990)

Il s'agit sans doute de la chanson la plus célèbre de Dan Johnston. Une simple ballade guitare-voix, passablement bien enregistrée et tout simplement crève-coeur. Plein d'espoir, Johnston promet que l'on finira par trouver le grand amour, mais pour se faire, puisque le grand amour cherche lui aussi, il faut "sortir à la lumière". Le message est beau et limpide, comme la mélodie, resplendissante dans sa simplicité. A faire écouter à tous les désespérés du monde.


5. Go (Respect - 1985)

Là encore une chanson qui vient démentir la rumeur selon laquelle Johnston ne ferait que des chansons dépressives et déprimantes. Celle-ci en l’occurrence est démunie de toute négativité.
Les chansons guitare-voix ne sont pas particulièrement communes chez Johnston, celui-ci leur préférant souvent le piano sur lequel il est bien plus à l'aise. Mais sur l'album Respect, publié en 1985, Johnston nous prouve qu'il est capable d'écrire des chansons simples, belles et émouvantes avec une guitare, comme sur Go et Good Morning You. Aurait-il brièvement trouvé la quiétude et l'apaisement pendant cette période? Dieu seul le sait, mais il est réjouissant d'entendre Johnston encourager son ami qui hésitait à se marier avec sa bien-aimée, qui se trouvait être son ex-petite amie, Kathy. Là encore, la vulnérabilité et la pureté des émotions rejaillissent à la face de l'auditeur qui se retrouve comme démuni face à tant d'honnêteté.


6. Grievances (Songs Of Pain - 1981)

Grievances est sur le premier album de Johnston, le fulgurant Songs Of Pain, publié en 1981. Sur cette chanson pleine de d'humour, d'ironie, de mélancolie et de désespoir, tout ça à la fois, Johnston expose ses griefs, envers l'amour, la vie, la société, l'égoïsme, soi-même... Et c'est d'une vérité et d'une naïveté déconcertante.
Beau, triste et toujours über-mélodique: du grand Johnston.


7. Like A Monkey In A Zoo (Songs Of Pain - 1981)

Cette chanson présente sur la première cassette de Johnston décrit de manière très crue ce sentiment d'isolement qui découle de la maladie mentale, l'impression d'être une bête de foire, la cruauté des spectateurs qui rient et que la compassion n'atteint pas... Chantée au bord du sanglot, cette complainte se distingue encore une fois par sa très belle mélodie et sa transparence absolue... On lit dans l'âme de Dan Johnston comme dans un livre ouvert; jamais aucun songwriter n'avait été aussi honnête auparavant.


8. Museum Of Love (Yip/Jump Music - 1983)

Encore une chanson pleine d'amertume, dans laquelle le chagrin d'humour est chanté avec un désespoir qui prend à la gorge. Et puis, comme d'habitude, on est en présence d'une mélodie absolument sublime que n'auraient certainement pas reniée les Beatles.


9. Held The Hand (1990 - 1990)

Held The Hand fait froid dans le dos pour plusieurs raisons. D'abord cette voix possédée de Daniel, qui se fait grave, pénétré, menaçant. Et puis ces paroles, terribles: il L'a vu, a pris Sa main et L'a servi.
A la fin des années 80, Dan Johnston est invité à New York par les coolos de chez Sonic Youth. Johnston est à l'époque devenu la dernière attraction dans les petits milieux intellectuels arty/trendy de Big Apple. Mais les nouveaux convertis sont loin d'imaginer l'ampleur de la folie de Johnston. En véritable prédicateur, et sous l'oeil pervers de spectateurs tout contents d'être tombés sur un  véritable phénomène de foire, ses shows se transforment en véritables séances de désenchantement, notre songwriter hurlant et implorant de toutes ses tripes le public de "sortir Satan de leurs corps et de leurs vies"... Johnston a alors l'impression d'être persécuté et voit le diable partout. Held The Hand est typique de cette époque là et apparaît justement sur le disque qui verra le jour en 1990, juste après son passage à New York dans les studios de Kramer.


10. I Live My Broken Dreams (Unreleased - 1985)

Cette chanson, on ne l'a entendue qu'une fois. Un seule et unique fois: mais comme ce fut marquant!
Plantons le décor: 1985, Austin, Texas. L'équipe de The Cutting Edge, émission de MTV itinérante qui allait de ville en ville pour faire découvrir des artistes locaux, est de passage à Austin, où Daniel réside depuis qu'il s'est fait viré de chez ses parents en Virginie. Là, Dan réussit à taper l'incruste auprès des producteurs de l'émission et, de l'avis général, il est l'artiste le plus original, le plus talentueux et le plus représentatif de la ville, havre de modernité dans un Texas ultra-conservateur.
Le choc fut alors terrible pour les kids qui tombèrent sur l'émission. On y voit Johnston, jeune, stressé et plutôt beau gosse, sur scène, avec sa guitare mal accordée, ses cheveux ébouriffés, entonner sa chanson devant un public tout acquis à sa cause. La célébrité et le bonheur semblent alors lui tendre les bras. De sa voix frêle et chevrotante, Johnston interprète cette petite ritournelle innocente, où il raconte son "nervous breakdown", ses errances à travers le monde et sa rédemption via l'amour. Et de conclure qu'il continue encore et toujours à vivre ses rêves brisés... C'est beau, c'est doux-amer, c'est honnête: de l'excellent Daniel Johnston. Comme des centaines d'autres, ce chef-d'oeuvre n'a jamais été enregistré et n'a plus jamais été repris en live. Un bonheur fugace fait pour être attrapé au vol donc.


11. Worried Shoes (Yip/Jump Music - 1983)

12. Peek A Boo (The What Of Whom - 1982)  

13. Hate Song (Songs Of Pain - 1981)

14. To Go Home (The What Of Whom - 1982)

15. Living Life (Songs Of Pain - 1983)

16. Devil Town (1990 - 1990)

17. It's Over (Continued Story - 1985)

18. Hey Joe (Hi, How Are You? - 1983)

19. The Story Of An Artist (Don't Be Scared - 1982)

20. Life In Vain (Fun - 1994)

21. Big Business Monkey
22. Chord Organ Blues
23. Funeral Home
24. Don't Let The Sun Go Down On Your Grievance
25. I Had Lost My Mind
26. The Sun Shines Down On Me
27. Loner
28. Silly Love
29. Good Morning You
30. The Sun Shines Down On Me
31. A Walk In The Wind
32. Spirit World Rising
33. Lousy Weekend
34. Phantom Of My Own Opera
35. Speeding Motorcycle
36. Wicked World
37. Tears, Stupid Tears
38. Pot Head
39. Crazy Love
40. Fly Eye
41. Lazy
42. Laurie
43. Ain't No Woman Gonna Make A George Jones Outta Me
44. Casper The Friendly Ghost
45. Wish
46. Honey I Sure Miss You
47. God
48. Ghost Of Our Love
49. Mean Girls Give Pleasure
50. Urge
51. Honey I Sure Miss You
52. I'll Do Anything But Breakdance For Ya, Darling
53. Surely You Don't Work All Night
54. Wild West Virginia
55. Joy Without Pleasure
56. There Is A Sense Of Humor Way Beyond Friendship
57. Mean Girls Give Pleasure
58. The Beatles
59. Fish
60. Don't Play Cards With Satan

lundi 17 décembre 2012

Top 20: Les meilleurs albums de 2012

Voici dores et déjà mon classement, le top 20, des meilleurs albums de l'année 2012 d'après mon humble-avis-subjectif-très-personnel-et-imparfait-qui-n'engage-que-moi.
Vu que j'ai été peu présent cette année, je vais tenter de me rattraper avec un beau top sorti de derrière les fagots rien que pour vous. Ce classement a vocation à être amélioré dans les prochains jours par les critiques des albums classés 11ème à 20ème. Mais je ne résiste pas à vous partager déjà le top.

Je tiens à préciser que j'ai exclu volontairement les albums rap, pour me concentrer sur les meilleurs albums en pop, rock, folk et électro.

En espérant que ça puisse vous permettre de découvrir deux trois trucs sympas.


1. Grimes - Visions


Certainement le disque le plus ambitieux et le plus impressionnant sorti cette année.

La charmante et malicieuse Claire Boucher signe avec cet album un chef-d'oeuvre beau et complexe, naviguant entre pop immaculée et expérimentations électroniques. Rêveuse et sournoisement psychédélique, Grimes envoûte jusqu'à l'hypnose et accueille chaleureusement l'auditeur dans un univers infiniment riche, dans lequel convivent les délires mystiques de la demoiselle. Depuis l'astrologie et les aliens jusqu'aux légendes orientales et l'utilisation de langages cryptiques, le surréalisme romantique de Grimes ne peut en réalité qu'être attrapé en vol, saisi dans sa globalité l'espace d'un instant éphémère, et ce, pour citer l'ami Rimbaud, seulement via un long, immense et déraisonné dérèglement de tous les sens...

Un très très grand album.



2. Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light

Définitivement de retour aux affaires, Jason Pierce et ses comparses signent avec cet album un monument de rock électrique et racé pour amateurs de rock élégant. Le gospel et les chants religieux sont comme d'habitude convoqués, de même que le Velvet Undergound, les Jesus & Mary Chain et Galaxie 500; même Jimi Hendrix et les Rolling Stones de Let It Bleed sont là!

Dans la tradition des grands disques de Spiritualized, on retrouve Pierce et sa voix cool as fuck, et on jubile quand viennent les instants de psychédélisme intenses qui rappellent les fantômes de Spacemen 3, les moments d’apaisement salvateurs, ceux de grandiloquence à base de choeurs et de cordes...

Un album magnifique qui redonne définitivement foi dans le rock'n'roll.



3. Air - Le Voyage Dans La Lune


Absolument aucune des publications qui ont présenté leurs tops de fin d'année n'ont mentionné ce disque. C'est bien dommage puisque la BO du film restauré de Georges Méliès, Le Voyage Dans La Lune, est un grand disque; rêveur, onirique et beau comme dans les grands moments d'Air.
On n'avait en effet plus vu notre duo électronique français préféré aussi en forme depuis le génial Talkie Walkie, sorti en 2004, il y a 8 ans déjà.
Aucun grand single à nous mettre sous la dent ici pourtant, mais simplement un disque ultra-cohérent qui illustre à la perfection le chef-d'oeuvre de Georges Méliès.
Avec ou sans le film, un album à découvrir d'urgence.



4. Lower Dens - Nootropics


Ce frisson existentiel cold-wave, on ne l'avait plus vraiment ressenti depuis longtemps. Depuis Interpol, Arcade Fire ou The XX, aucun groupe n'avait vraiment osé creuser dans cette direction avec succès. The Horrors? Que nenni. Avec cet album qui envahit lentement l'âme et laisse l'auditeur tout nu face à ses responsabilités, on ne peut que s'incliner et approuver avec tristesse la beauté incandescente de ce premier essai des très prometteurs Lower Dens. On attend désormais la suite avec impatience.



5. Tame Impala - Lonerism



Dans les traces du psychédélisme des Beatles de Revolver, Tame Impala révèle au grand jour la richesse de sa palette et son attrait pour les mélodies et les chansons alambiquées. Un disque inventif et très puissant qui ne va qu'en s'améliorant avec les minutes qui défilent.



6. How To Dress Well - Total Loss


C'est un bien étrange album qui vient se loger à la 6ème place du classement. D'abord qualifié de "R&B Lo-fi", la musique de How To Dress Well évolue sur cet opus magistral vers un R&B d'église, très épuré, immaculé, mélancolique, presque lounge, aux atmosphères enivrantes de beauté...
Un ovni à découvrir d'urgence.




7. Sufjan Stevens - Silver & Gold: Songs for Christmas


Plus les années passent, plus Sufjan Stevens semble s'enfoncer dans une douce folie technicolor. Après le démentiel et électronique Age of Adz, Sufjan revient avec un triple EP (!) uniquement composé de chants de Noël (!!!). Certains sont des chants traditionnels, d'autres des compos originales de l'uluberlu, et on est frappé par la qualité du résultat, fuzzy, chaleureux, pas niais pour un sou, enjoué, mais avec une touche salvatrice de mélancolie.
Encore un grand album dans l'escarcelle du grand Sufjan Stevens.





8. The Brian Jonestown Massacre - Aufheben


Anton Newcombe nous revient avec un disque particulièrement inspiré, sur lequel il laisse tomber quelques éléments pénibles du moyen Who Killed Sgt. Pepper? pour mieux se recentrer sur ce qu'il sait faire de mieux: un psychédélisme euphorisant fortement influencé par les maîtres étalons 60's et 70's du genre, le tout teinté de touches orientales et modernistes fascinantes. Les chansons s’enchaînent avec grâce et laissent entrevoir de belles mélodies et des idées en pagaille.
Comme quoi, quand le génie indomptable de Newcombe parvient à être un minimum contenu, le Brian Jonestown Massacre nous fait toujours planer aussi haut.



9. The Shins - Port Of Morrow


Les Shins nous avaient quitté trop longtemps, mais personne ne les avait vraiment oublié, car sur la foi d'un premier album sublimement pop, le groupe avait définitivement marqué toute une génération confectionneurs de mélodies en herbe.
Avec Port Of Morrow, la bande renoue avec un sens mélodique inné pour pondre des chansons réjouissantes, très influencées par le rock britannique moderne, définitivement entraînantes et pas redondantes pour un sous.



10. The Beach Boys - That's Why God Made The Radio


Alors là... Voilà un disque qu'on n'aurait jamais imaginé. On n'y avait même pas pensé à vrai dire. Réunir tous les Beach Boys survivants et sortir un album original... Et le pire c'est que ça marche!

Alors que paraissait encore récemment les rééditions orgiaques du chef-d'oeuvre absolu qu'aurait du être Smile, la bande au complet se réunissait pour accoucher d'un album étonnamment beau, pleins de mélodies accrocheuses et pas ridicules du tout. Les rois de l'harmonie vocale n'ont rien perdu de leur génie et nous offrent quelques vocalises sublimes, avec des chansons joyeuses et entraînantes comme au bon vieux temps de Today!.

Alors bien sûr on ne tient pas ici un nouveau Pet Sounds, et on soupçonne une influence prépondérante de Mike Love sur les compos du groupe au détriment du perturbé Brian Wilson, mais quand même. On tient là un excellent album des Beach Boys. Ce n'est pas rien.



11. Ty Segall & White Fence - Hair





12. Tennis - Young And Old




13. Daniel Johnston - Space Ducks Soundtrack


Daniel Johnston est depuis toujours un fou de comic books. Quand enfin il eut les fonds et l'opportunité de réaliser son rêve, à savoir publier sa propre bande dessinée, l'occasion était trop belle pour ne pas mettre en musique ce beau projet. Et de quelle manière ce fut fait! Accompagné de plusieurs invités de marque, Daniel Johnston semble plus en forme que jamais et compose des morceaux joyeux et toujours sublimes d'un point de vue mélodique.
Encore une fois, absolument personne ne parle de cet album... On tient là pourtant un disque infiniment plus beau que toutes les crottes pop/R&B méga-surestimés du moment.



14. Woods - Bend Beyond





15. Chromatics - Kill For Love




16. Chapelier Fou - Invisible




17. M. Ward - A Wasteland Companion




18. Edward Sharpe And The Magnetic Zeros - Here




19. The XX - Coexist




20. Cat Power - Sun



Mentions spéciales: Alabama Shakes, Breakbot, Perfume Genius, Dinosaur Jr, Japandroids, Sharon Van Etten, White Fence, Alt-J, Jack White, Fiona Apple, John Talabot, Electric Guest et Beach House.

samedi 8 décembre 2012

Quelques perles oubliées

Après cette longue absence, je souhaitais m'attarder un peu sur quelques vieux albums qui me tiennent particulièrement à coeur et dont bien peu de monde parle aujourd'hui...
Ce ne sont pas des albums particulièrement durs d'accès pourtant. Et ceux qui les ont conçu ne sont pas non plus des grands inconnus pour ceux qui s'intéressent un peu à l'histoire du rock indépendant. Mais le temps a fait son oeuvre et ces disques sont passés à la trappe. Dommage pourtant puisqu'il y a là dedans de quoi tenir des années.

Felt - Me And A Monkey On The Moon
(1989)


On aurait pu évoquer le son de guitare cristallin et divin de Maurice Deebank, ces mélodies tissées avec une délicatesse infinie... Mais pas ici, puisqu'à ce stade, le guitariste génial a déjà quitté le groupe depuis bien longtemps. Me And A Monkey On the Moon est en fait le chant du cygne de Felt, puisqu'il s'agit du dernier album publié avant le split, en 1989, respectant ainsi les volontés délirantes de son leader maximo, Lawrence, qui voulait publier 10 albums en 10 ans avant de saborder le groupe.

Toujours mené donc par l'impérial Lawrence et son phrasé très caractéristique, la bande avait commencé à évoluer, depuis le chef d'oeuvre Forever Breathes The Lonely World, vers un format beaucoup plus pop. Laissant de côté les longs instrumentaux basés sur les prouesses guitaristiques de Deebank, Felt s'ouvrait de plus en plus aux claviers (piano, orgue, synthétiseur) grâce au génie de Martin Duffy, 20 ans à peine à l'époque.

Du côté de l'humeur, alors que le groupe continue de s'enfoncer dans un anonymat désespérant compte tenu de son potentiel immense, les mélodies semblent ici plus enjouées que jamais. Lawrence a la tête dans les étoiles et rêve d'amour infini en célébrant la vie, le soleil et la liberté. Le tout pour un résultat d'une beauté précieuse, spleenesque, lumineuse et presque réconfortante.

Alors bien sûr, on aurait pu parler ici de Poem of the River, dans le même veine et sublime également, du classique Forever Breathes The Lonely World, de l'immaculé et toujours fascinant The Splendour of Fear, ou encore du renversant et psychédélique Ignite The Seven Cannons... En fait, quasiment tous les albums de Felt sont des chefs-d'oeuvre. Il ne tient qu'à vous de foncer tête baissée dans leur discographie et ne jamais en ressortir.

Felt - I Can't Make Love To You Anymore


Felt - Free



Spiritualized - Pure Phase
(1995)



Le deuxième album de Spiritualized, Pure Phase, fait partie de ces disques tellement fous qu'il est impossible de le comprendre d'emblée. Trop grand, trop immense, trop ambitieux. Fondé sur les cendres encore fumantes des hautement légendaires Spacemen 3 et mené par Jason Pierce, la formation avait déjà publié d'entrée un coup de maître: Lazer Guided Melodies. Elle revient aux affaires 3 ans plus tard avec la même conviction et un album encore plus impressionnant.

Pure Phase est en fait l'album où Jason Pierce fait vraiment étalage de toute sa virtuosité pour la première fois, en incorporant dans sa musique cordes, cuivres et claviers avec une maîtrise proprement hallucinante. La largeur de sa palette n'a alors aucun équivalent dans le monde du rock. Pourtant à l'époque, personne n'a rien à foutre de Spiritualized, les ventes de cet album seront d'ailleurs mineures. La même année, Sparklehorse publiait également un chef-d'oeuvre absolu dans l'indifférence générale... Drôle d'époque donc, mais passons.

Dans Pure Phase, l'ampleur des drones shoegaze n'a d'égale que la splendeur des mélodies qui se métamorphosent et prennent des accents pop ou psychédéliques l'espace d'une chanson. Il est peu dire qu'on a depuis bien longtemps quitté la terre ferme et que toute cette magie nous a emmené très loin dans une autre galaxie.
On retrouve dans ce disque des solos de guitares électriques tellement impensables qu'on croit presque apercevoir le fantôme d'Hendrix jammer avec celui de John Cipollina le temps d'une chanson (These Blues). Ceux-ci s'évanouissent délicatement dans la nuit et laissent la place à une complainte sublime (Let It Flow), presque gospel, et tout semble naturel. Et tout l'album est comme ça, que d’enchaînements comme ceux-ci, incompréhensibles mais merveilleux pourtant.

Mais rien se sert de trop s'étendre, il vous suffit d'aller faire un tour sur Youtube, Grooveshark, Spotify ou Deezer pour vous rendre compte de toute cette magie par vous même.

Spiritualized - Pure Phase (l'album en entier!)


Spiritualized - Let It Flow



The Magnetic Fields - Get Lost
(1995)



Le succès des Magnetic Fields était resté très confidentiel au début des années 90.

Dans les deux premiers albums du groupe, Distant Plastic Trees et The Wayward Bus, Merritt faisait pourtant preuve d'une créativité débordante, avec des disques denses, bouillonant d'idées et de sons originaux. Les fans hardcore du groupe préfèrent d'ailleurs souvent ces deux albums à tous les suivants, voyant à travers ceux-ci les représentants parfaits de la beauté synthétique et romantique que pouvait atteindre Merritt dans sa prime jeunesse.

Avec The Charm Of The Highway Strip, Merritt commençait à prendre les choses en main vocalement mais cet album n'était pas son meilleur, pas le plus inspiré.
Avec Holiday par contre, les Magnetic Fields trouvent la formule gagnante. On aurait pu parfaitement parler de ce disque, un autre chef-d'oeuvre oublié dans les méandres de l'histoire de la pop, mais on a choisit le suivant, Get Lost, publié en 1995.
L'émotion restait néanmoins, je trouve, terrée derrière la voix froide et détachée de Susan Anway et les synthétiseurs, qui, volontairement, sonnaient très Lo-fi, paraissent aujourd'hui assez machinales et déshumanisés.

Get Lost est en réalité le premier album des Magnetic Fields où Stephen Merritt commence à s'éloigner un peu de cette synth-pop qui a fait les beaux jours des premiers albums du groupe et commence à prendre le micro d'avantage. L'album sonne ainsi plus personnel que jamais et n'en devient que plus touchant.

La poésie romantique de Merritt s'exprime ici avec une honnêteté teintée d'ironie qui deviendra la marque de fabrique du groupe, surtout à partir du prochain disque, l'inégalable 69 Love Songs.

C'est en fait avec Get Lost qu'on obtient les premières vraies belles complaintes classiques de Merritt qui, loin d'abandonner l'idée des synthés et du chant maniéré et baroque des opus précédents, va l'adoucir via des chansons auxquels l'auditeur de base s'identifie plus facilement. On est au final touché directement au coeur avec des pépites comme Why I Cry ou With Whom To Dance?, qui voient Merritt offrir parmi les mélodies les plus sublimes de sa vie.

The Magnetic Fields - With Whom To Dance?


The Magnetic Fields - Why I Cry (Live)